Le chrysanthème ne fleurit pas au printemps. Celui des cimetières et des marchés de la Toussaint, le chrysanthème des fleuristes (Chrysanthemum × morifolium), est une plante de jour court : il déclenche ses boutons quand les nuits dépassent environ 10 à 11 heures, donc de la fin de l’été jusqu’aux premiers gels. Au printemps, il fabrique des feuilles et des tiges, pas des fleurs.
Cela ne veut pas dire que le printemps est une saison morte pour lui. C’est au contraire le moment où se joue toute la floraison de l’automne suivant.
- Le chrysanthème des fleuristes est une plante de jour court : il fleurit de fin août aux premiers gels.
- Au printemps, la plante produit feuilles et tiges ; la division et le bouturage se font en mars et avril.
- Le pincement répété jusqu’à la mi-juin donne un dôme de 60 à 80 cm couvert de capitules.
Pourquoi la fleur d’octobre se prépare en avril
Les chrysanthèmes achetés en pot à l’automne sont en général cultivés pour être vendus d’un bloc, avec des jours courts imposés artificiellement en serre. Leur vigueur est limitée, et beaucoup finissent à la poubelle en novembre. Pourtant, les variétés dites rustiques, souvent classées parmi les chrysanthèmes d’automne ou de jardin, repartent de la souche chaque année si l’hiver n’est pas trop humide.
Leur redémarrage s’observe dès mars : de petites rosettes de feuilles vert tendre percent à la base de la touffe, au pied des vieilles tiges desséchées. C’est le signal pour intervenir.
Le dernier week-end d’octobre, jour de Toussaint compris, n’a donc rien à voir avec le chrysanthème de mai.
Les gestes de printemps qui décident de l’automne
Le premier geste consiste à diviser la touffe. Tous les deux à trois ans, une souche de chrysanthème devient dense, épuisée au centre, et ses fleurs rapetissent. On l’arrache en mars ou avril, on la sépare en éclats munis de racines et de jeunes pousses, puis on replante ces éclats à 40 ou 50 cm les uns des autres dans un sol riche, fraîchement ameubli.
Le bouturage vient ensuite. Dès que les jeunes pousses atteignent 8 à 10 cm, on prélève l’extrémité de la tige sous un nœud, on retire les feuilles du bas et on pique la bouture dans un mélange léger de terreau et de sable. À l’abri, sous une lumière vive mais sans soleil direct, l’enracinement prend deux à trois semaines. Une seule plante mère peut ainsi fournir une dizaine de nouveaux plants gratuits.
Le pincement est l’étape que la majorité des jardiniers amateurs négligent.
Quand les jeunes plants atteignent 15 à 20 cm, on coupe l’extrémité de chaque tige au-dessus de la troisième ou quatrième paire de feuilles, ce qui force la plante à ramifier. On répète l’opération une ou deux fois, jusqu’à la mi-juin environ, en s’arrêtant autour du solstice. Passé cette date, les boutons floraux se préparent déjà, et pincer plus tard retarde ou réduit la floraison. Un plant pincé de la sorte donne un dôme de 60 à 80 cm couvert de dizaines de capitules, là où un plant laissé libre produit quelques tiges dégarnies.
Sol, exposition et arrosage : ce que la plante réclame vraiment
Le chrysanthème aime le soleil, au moins six heures par jour, et un sol frais mais drainant. Son ennemi numéro un n’est pas le froid, c’est l’eau stagnante en hiver : une souche qui baigne dans une argile lourde pourrit avant le gel. En terre argileuse, on ajoute du sable grossier ou du gravillon à la plantation, et on surélève légèrement la butte.
Côté nutrition, une poignée de compost mûr à la reprise de la végétation suffit pour démarrer. On complète en mai et en juin avec un engrais riche en potasse et pas trop azoté, car l’azote en excès fabrique du feuillage au détriment des boutons. En pot, la fertilisation doit être régulière, toutes les deux à trois semaines, puisque le substrat s’épuise vite.
L’arrosage mérite de la rigueur dès les premières chaleurs. Les racines sont superficielles, et un stress hydrique en juillet provoque un feuillage jauni du bas, des tiges ligneuses et des fleurs plus petites. Un paillage de 5 cm de tonte sèche ou de paille garde la fraîcheur au pied et limite les éclaboussures qui propagent la rouille blanche, maladie fongique redoutée de cette plante.
Les ravageurs et les maladies à surveiller dès mai
Les pucerons colonisent les jeunes pousses tendres dès les beaux jours, surtout sur les plants trop fertilisés. Un jet d’eau ferme, du savon noir dilué ou l’installation de coccinelles suffisent dans la plupart des cas.
Plus sournoise, la rouille blanche forme de petites pustules pâles sous les feuilles et des taches jaunes sur le dessus. Elle prospère quand le feuillage reste humide, d’où l’intérêt d’arroser au pied, le matin, et de garder de l’espace entre les plants. Les feuilles atteintes s’arrachent et se jettent aux ordures, pas au compost.
Autre visiteur à connaître : la mineuse du chrysanthème, dont les larves dessinent des galeries claires dans les feuilles. On supprime les feuilles marquées dès l’apparition des premières traces.
Le cas particulier des chrysanthèmes qui fleurissent vraiment au printemps
Le titre mérite pourtant une nuance. Plusieurs plantes proches portent le nom de chrysanthème et fleurissent bien plus tôt. La marguerite des champs, longtemps classée dans le genre Chrysanthemum avant d’être rattachée à Leucanthemum, ouvre ses fleurs blanches de mai à juillet. Le chrysanthème des jardins annuel (Glebionis carinata ou coronaria), semé en place au printemps, fleurit en été.
Dans le commerce, certains chrysanthèmes en pot proposés en mars ou en avril ont été forcés en serre sous éclairage contrôlé, avec un traitement qui allonge les jours ou les raccourcit à volonté. Plantés dehors, ils fleurissent une fois, puis retrouvent le rythme naturel de la plante et reviennent à l’automne, parfois épuisés la première année.
Un conseil pour ceux qui veulent des fleurs précoces : choisir des variétés hâtives, annoncées pour une floraison dès août, et les installer en pleine lumière.
Calendrier pratique, de mars à la Toussaint
En mars et avril, on divise les touffes, on taille les tiges mortes au ras du sol et on installe les boutures. En mai, on plante les jeunes plants, on les tuteure et on lance un premier pincement. Juin voit le dernier pincement et l’apport de potasse, juillet et août l’arrosage régulier et la surveillance des pucerons.
Dès septembre, les boutons apparaissent. Les premières variétés s’ouvrent, et les tardives tiennent jusqu’aux gelées de novembre, parfois jusqu’à -5 °C pour les plus robustes. Une fois la floraison terminée, on coupe les tiges à 15 cm du sol et on protège la souche d’un paillis sec, qui évite que l’humidité hivernale ne la fasse pourrir.
Dans le Nord et l’Est de la France, où les hivers sont plus rudes, certains jardiniers déterrent les souches de variétés frileuses pour les stocker en caisse, à l’abri du gel, jusqu’à la reprise en mars.