Un géranium coupé en août, plongé dans un verre d’eau sur le rebord d’une fenêtre, peut former ses premières racines en deux à quatre semaines. Ça marche, à condition de choisir la bonne tige et de savoir que l’eau, séduisante parce qu’on voit tout, n’est pas le milieu idéal pour ces plantes.
Car le géranium des balcons, que les botanistes classent dans le genre Pelargonium, est une plante à tiges charnues, habituée aux sols secs d’Afrique australe. Son bouturage dans l’eau reste possible, mais il produit des racines différentes de celles formées en terre.
- Une tige fleurie s’enracine moins bien : choisissez une tige saine, sans bouton ni fleur ouverte.
- Les premières racines apparaissent en 10 à 15 jours, et des racines de 2 à 3 cm se forment en trois à quatre semaines.
- On rempote quand les racines mesurent 2 à 4 cm, dans un petit pot drainant de 8 à 10 cm de diamètre.
Choisir la bonne tige : le geste qui décide de tout
Prélevez une tige saine, ferme, sans bouton floral ni fleur ouverte. Une tige fleurie dépense son énergie à nourrir la fleur, pas à fabriquer des racines, et pourrit plus vite.
La longueur idéale tourne autour de 8 à 12 cm, avec trois ou quatre nœuds (les renflements d’où partent les feuilles). Coupez en biseau, juste sous un nœud, avec une lame propre : un sécateur ou un couteau passé à l’alcool à 70° limite le risque de transmettre des champignons.
Évitez les tiges trop vieilles, ligneuses et brunes à la base. Les rameaux semi-aoûtés, encore verts mais déjà un peu fermes, s’enracinent le mieux.
Retirez ensuite les feuilles du bas, ainsi que les stipules, ces petites languettes à la base des pétioles. Seules deux ou trois feuilles doivent rester au sommet, et vous pouvez en couper la moitié si elles sont grandes, ce qui réduit l’évaporation pendant que la tige n’a pas encore de racines pour s’abreuver.
Dernier détail, que beaucoup de jardiniers ignorent : laissez la tige sécher à l’air libre quelques heures, voire une journée, avant de la mettre en contact avec l’eau. La plaie de coupe se referme un peu, ce qui diminue le risque de pourriture.
Dans l’eau : réglages et calendrier d’enracinement
Un verre transparent est pratique pour surveiller, mais un contenant opaque ou une bouteille teintée freine les algues. Remplissez-le d’eau à température ambiante, et ne laissez tremper que les deux nœuds inférieurs, jamais les feuilles.
Posez le tout près d’une fenêtre lumineuse, sans soleil direct de plein midi, entre 18 et 22 °C. Changez l’eau tous les trois à quatre jours : une eau stagnante se charge de bactéries et la base de la tige noircit.
Premières ébauches de racines : comptez 10 à 15 jours. Des racines de 2 à 3 cm apparaissent en général en trois à quatre semaines, parfois six en automne quand la lumière baisse.
Les racines d’eau sont fines, blanches, cassantes.
Elles ne ressemblent pas aux racines de terre, plus robustes, et c’est précisément ce qui complique le rempotage : la plante doit refaire un système racinaire adapté au substrat, ce qui provoque parfois un coup de mou d’une à deux semaines. Beaucoup de pépiniéristes préfèrent donc bouturer directement dans un mélange de terreau et de sable ou de perlite, avec un taux de réussite souvent supérieur.
Si la base de la tige devient molle, translucide ou noire, la bouture est perdue. Recoupez au-dessus de la zone atteinte, c’est-à-dire sur une partie encore verte et ferme, et recommencez avec une eau neuve : cela sauve une bouture sur deux environ, quand le mal est pris à temps.
Quand et comment passer en pot
Le bon moment arrive quand les racines mesurent 2 à 4 cm et qu’elles commencent à se ramifier. Attendre plus longtemps n’améliore rien : des racines d’eau trop longues supportent mal la transplantation.
Choisissez un petit pot de 8 à 10 cm de diamètre, percé au fond, avec une couche de billes d’argile ou de graviers. Le substrat doit être léger et drainant : deux tiers de terreau pour plantes en pot, un tiers de sable grossier ou de perlite.
Faites un trou au doigt, glissez les racines sans les plier, tassez doucement, puis arrosez une première fois pour plaquer la terre contre elles. Ensuite, laissez le terreau sécher en surface entre deux arrosages, car le géranium craint bien plus l’excès d’eau que le manque.
Gardez la jeune plante à mi-ombre pendant une semaine, puis rapprochez-la progressivement de la lumière. Pincez le sommet quand quatre à six nouvelles feuilles se sont formées : la touffe se ramifiera et fleurira davantage.
Quelle saison, quelles variétés
Le bouturage se fait le mieux de la fin d’été au début de l’automne, entre août et septembre, quand les plants ont donné le meilleur d’eux-mêmes avant de rentrer à l’abri avant les premiers froids. Une seconde fenêtre existe au printemps, en mars-avril, avec des tiges prélevées lors de la taille de reprise.
Les géraniums zonales (Pelargonium × hortorum) et les géraniums-lierres (Pelargonium peltatum) se bouturent sans difficulté. Les pélargoniums à grandes fleurs, dits « de Washington », sont plus capricieux et demandent plus de patience.
Une nuance de taille pour les amateurs de variétés récentes : certaines cultivars sont protégés par un certificat d’obtention végétale, ce qui interdit leur multiplication commerciale. Pour un usage personnel au jardin, rien ne vous empêche de bouturer, mais vous ne pouvez pas revendre les plants.