Planter pour les abeilles : construire un calendrier de floraison sans trou

Une seule colonie d’abeilles domestiques peut compter jusqu’à 50 000 individus en plein été, et chacune a besoin de pollen et de nectar du printemps à l’automne. Or, dès la fin juin, beaucoup de jardins se vident de fleurs. Planter pour les abeilles consiste donc moins à choisir de belles espèces qu’à organiser un calendrier de floraison sans trou.

À retenir
  • La France compte près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages, dont la plupart ne produisent pas de miel.
  • Les fleurs doubles n’offrent ni pollen ni nectar accessible aux insectes.
  • Le creux de floraison se situe en juillet et août, quand les prairies sont fauchées.
  • Une haie de lierre non taillée fournit du nectar jusqu’en novembre.

Les abeilles ne sont pas toutes dans la ruche

On associe l’abeille au pot de miel, mais la France abrite près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages. Osmies, andrènes, mégachiles, bourdons : la plupart vivent seules, creusent un terrier ou occupent une tige creuse, et ne produisent aucun miel.

Leur langue n’a pas la même longueur, et c’est là que le choix des fleurs se joue. Une abeille à langue courte butine les corolles ouvertes, comme les asters ou les ombellifères. Le bourdon des jardins, lui, atteint le fond des fleurs tubulées comme la consoude ou la digitale.

Diversifier les formes, c’est donc nourrir plus d’espèces.

Les fleurs doubles, en revanche, sont à éviter. À force de sélection, les pétales ont pris la place des étamines, et l’insecte ne trouve plus ni pollen ni nectar accessible. Une rose très pleine ou un géranium double font joli dans un vase, mais restent muets pour les pollinisateurs.

Un calendrier de floraison, de février à novembre

Le moment le plus critique arrive à la sortie de l’hiver. Dès que le thermomètre dépasse 10 °C, les reines de bourdons et les premières abeilles sortent affamées. Crocus, hellébores, perce-neige et noisetier fournissent alors du pollen quand presque rien d’autre ne fleurit. Le saule marsault, planté en haie, reste l’une des meilleures ressources de mars.

Avril et mai ne posent aucun problème : arbres fruitiers, muscari, pulmonaire, romarin, myosotis. Le vrai creux commence en juillet et août, quand les prairies sont fauchées et les pelouses rases. C’est le moment de compter sur la lavande, l’origan, la sauge des jardins, l’échinacée, la bourrache et le panicaut. La bourrache reconstitue son nectar en quelques heures, ce qui en fait une valeur sûre dans un coin de potager.

Septembre et octobre ?

Le lierre grimpant prend le relais. Il fleurit tard, jusqu’en novembre, et alimente les dernières abeilles avant l’hiver ainsi que la colonie qui doit constituer ses réserves. Les sedums d’automne, les asters et les dahlias à fleurs simples complètent le dispositif. Une haie de lierre non taillée en fin d’été vaut davantage qu’un massif entier de plantes à fleurs doubles.

Comment composer un massif qui travaille

Une fleur isolée passe inaperçue. Les abeilles repèrent mieux les plages de couleur, et leur vision est sensible au bleu, au violet, au jaune et au blanc, mais pas au rouge pur. Regrouper chaque espèce en taches d’au moins un mètre carré augmente nettement les visites, et épargne aux insectes de longs déplacements.

Le choix du sol compte aussi. Une prairie fleurie semée sur une terre trop riche se couvre de graminées qui étouffent les fleurs sauvages. Les mélanges de type jachère fleurie fonctionnent mieux sur un sol pauvre, retourné superficiellement en automne ou au début du printemps, avec un semis de 2 à 3 grammes au mètre carré environ.

Les plantes aromatiques sont les alliées les plus simples à mettre en œuvre. Thym, hysope, menthe, ciboulette et basilic laissés en fleurs attirent quantité de butineurs, y compris sur un balcon. Une jardinière de 60 centimètres plantée de thym et de ciboulette suffit à accueillir des osmies dès avril.

Un point souvent oublié concerne l’eau. Une soucoupe peu profonde garnie de cailloux ou de billes, où l’insecte peut se poser sans se noyer, devient en été un point de rendez-vous. Il faut la remplir tous les deux jours pendant les canicules.

Ce qui compte autant que les fleurs

Les insecticides font l’essentiel des dégâts, mais les herbicides aussi, car ils suppriment les fleurs spontanées comme le trèfle, le pissenlit ou la lamier pourpre. Tondre moins souvent, par exemple en laissant un carré de pelouse monter en fleurs jusqu’à la mi-juillet, redonne une ressource entière sans rien planter. L’opération « No Mow May » popularisée au Royaume-Uni a montré qu’une pelouse non tondue en mai pouvait multiplier par plusieurs fois le nombre d’abeilles présentes.

Le gîte vaut le couvert. Environ 70 % des abeilles sauvages nichent dans le sol, et il leur faut des zones de terre nue, sèche et ensoleillée, orientées au sud. Les autres utilisent des tiges creuses de ronce, de sureau ou de bambou, que l’on peut laisser debout tout l’hiver et ne couper qu’au printemps.

Les hôtels à insectes du commerce sont utiles à condition de respecter quelques règles : des trous de 2 à 10 millimètres de diamètre, percés dans du bois dur et non dans la tranche, avec un fond fermé. Les modèles remplis de pommes de pin ou de paille servent surtout de décoration.

Pour lancer le chantier dès cet automne, c’est la bonne saison : bulbes de crocus et de muscari à planter d’ici novembre, vivaces à diviser, lierre à bouturer. Le premier retour se mesure dès février, lorsqu’une reine de bourdon se pose sur la première corolle ouverte du jardin.

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