Non, on ne taille pas les rosiers en profondeur en automne. Mi-octobre, on se contente d’un toilettage léger : fleurs fanées, bois mort, tiges qui fouettent le vent. La vraie taille, celle qui détermine la floraison de l’année suivante, attend la fin de l’hiver, généralement entre mi-février et fin mars selon les régions.
- Une taille profonde en octobre stimule des pousses qui gèlent à la première nuit sous -3 °C.
- Les fleurs fanées, le bois mort et les feuilles malades se retirent dès l’automne.
- La taille de fond se fait entre mi-février et fin mars, repérée sur la floraison des forsythias.
- Les rosiers arbustes fleurissent sur le bois de l’année précédente et se taillent après la floraison.
Pourquoi couper court en octobre est un mauvais calcul
Un rosier taillé à ras en automne est un rosier qui réagit. La coupe stimule la sève, qui pousse des bourgeons tendres au moment même où les premières gelées arrivent. Ces jeunes pousses, gorgées d’eau et peu aoûtées, gèlent à la première nuit sous -3 °C.
Les tiges longues jouent aussi un rôle protecteur. Elles servent de réserve et de tampon pour les yeux situés plus bas, ceux qui donneront les futures branches.
Il y a un second risque, moins connu : les plaies. Une coupe faite dans l’humidité d’octobre ou de novembre cicatrise lentement et laisse entrer les champignons, notamment ceux qui provoquent le dessèchement des tiges, comme le chancre.
Le pire reste le rosier de jardin taillé en septembre « pour faire propre ». Il repart, s’épuise, et se retrouve dégarni en mars.
Ce qu’on coupe maintenant, sans hésiter
Le premier geste concerne les fleurs fanées et les boutons qui ne s’ouvriront plus. Sur les variétés remontantes, qui peuvent fleurir jusqu’aux premiers gels, on coupe au-dessus d’une feuille à cinq folioles. Les rosiers non remontants, eux, gardent leurs fruits : les cynorrhodons nourrissent les oiseaux en hiver et décorent le jardin.
Vient ensuite le bois mort. Il se repère à sa couleur brune ou grise, à son écorce ridée et à sa moelle sèche quand on le sectionne. On coupe jusqu’au tissu vert et sain, avec un sécateur propre et bien affûté.
On retire également les feuilles atteintes de maladies. Taches noires, rouille, oïdium : ces champignons passent l’hiver dans les feuilles tombées au pied du rosier et repartent au printemps. Ramassez-les, et ne les mettez pas au compost domestique, qui chauffe rarement assez pour détruire les spores. La déchèterie ou la poubelle d’ordures ménagères conviennent mieux.
Dernier cas : les gourmands. Ces pousses vigoureuses qui partent du porte-greffe, sous le point de greffe, ne donneront jamais la variété voulue. On les arrache plutôt que de les couper, en dégageant la base pour les retirer au ras de la racine.
Le cas des grimpants et des couvre-sols
Les rosiers grimpants demandent un autre type de travail à cette saison. On attache les longues tiges qui ont poussé cet été avant que les tempêtes d’automne ne les arrachent du support. On les incline à l’horizontale, ce qui favorisera plus tard l’apparition de rameaux fleuris le long de la tige.
Ce qu’on garde pour février
La taille de fond se fait quand le gros du froid est passé, mais avant que la sève ne monte. Le repère le plus fiable reste la floraison des forsythias, qui annonce le bon moment dans la plupart des jardins français. Dans le Sud, janvier peut suffire ; en montagne ou dans le Nord-Est, on patientera jusqu’en avril.
Les rosiers buissons, hybrides de thé et floribundas, se taillent alors à 3 à 5 yeux par branche, soit environ 20 à 30 cm au-dessus du sol. On garde 3 à 5 charpentières saines, on supprime les branches qui se croisent et on ouvre le centre pour laisser circuler l’air. La coupe se fait en biseau, 5 mm au-dessus d’un œil tourné vers l’extérieur.
Les rosiers arbustes et anciens, qui ne fleurissent souvent qu’une fois, demandent une main bien plus légère. Une taille trop sévère en hiver leur ferait perdre une grande part de leurs fleurs, car ils fleurissent sur le bois de l’année précédente. On les éclaircit après la floraison, en été.
Pour les grimpants, février est le moment de raccourcir les ramifications latérales à 2 ou 3 yeux et de renouveler une vieille branche principale tous les trois ans environ.
Les gestes d’automne qui comptent vraiment
Le buttage est le geste de protection le plus efficace. On monte un cône de terre ou de compost de 15 à 20 cm autour du pied, pour isoler le point de greffe du gel. On le retire en mars, une fois les grands froids passés.
Un paillage de 5 à 8 cm d’écorces, de feuilles mortes broyées ou de compost mûr conserve l’humidité du sol et nourrit la vie microbienne. On l’applique après avoir nettoyé les feuilles malades, et sur sol encore tiède.
Octobre est aussi la meilleure période pour planter. La terre garde de la chaleur, les racines s’installent avant l’hiver et le rosier à racines nues, disponible à partir de novembre chez les pépiniéristes, coûte nettement moins cher qu’un sujet en conteneur. Il faut simplement praliner les racines et éviter les sols gelés ou détrempés.
Quant aux outils, le sécateur doit être désinfecté à l’alcool à 70° entre deux rosiers si l’un présente des signes de maladie. Cela évite de transporter les spores d’un massif à l’autre.
Une exception existe pour les régions très humides ou venteuses : on peut raccourcir d’un tiers les très longues tiges des rosiers buissons en novembre, pour éviter qu’elles ne se brisent sous le vent ou ne fassent « bascule » en déchaussant les racines. La taille définitive ne change pas pour autant, elle reste fixée à février ou mars.