Le bleu est la couleur la plus rare du jardin. Sur les milliers d’espèces ornementales cultivées en Europe, une minorité seulement produit un vrai bleu, sans dérive vers le violet ou le mauve. Les annuelles, semées au printemps et fleuries avant les premières gelées, offrent pourtant quelques-unes des teintes les plus pures du règne végétal.
- Le bleuet fleurit de juin à septembre et pousse sans engrais.
- La nigelle doit être semée directement en place, car elle supporte mal la transplantation.
- La phacélie fleurit environ six semaines après le semis et attire fortement les abeilles.
- Tremper les graines d’ipomée 24 heures améliore nettement la levée.
Les valeurs sûres du bleu franc
Le bleuet (Centaurea cyanus) reste la référence. Plante des moissons, il pousse sans engrais dans un sol pauvre et pousse jusqu’à 80 cm. Semé en place en mars-avril, il fleurit de juin à septembre.
La nigelle de Damas (Nigella damascena) joue dans un autre registre, celui de la dentelle. Ses fleurs bleu ciel sont entourées d’un feuillage filiforme, puis laissent place à des capsules gonflées, striées de brun, très prisées en bouquets secs. Elle déteste la transplantation, ce qui impose un semis direct.
La bourrache (Borago officinalis) produit des fleurs en étoile d’un bleu vif, comestibles, au léger goût de concombre.
Le lin de Narbonne, ou lin à grandes fleurs, ouvre ses corolles bleues à l’aube et les perd en fin d’après-midi. Le renouvellement est continu, car chaque pied porte des dizaines de boutons qui se relaient pendant tout l’été. Les insectes y trouvent du pollen, même si la floraison de chaque fleur ne dure que quelques heures.
Des bleus plus inattendus
La phacélie (Phacelia tanacetifolia) est connue comme engrais vert, mais ses grappes enroulées, bleu lavande, en font aussi une belle fleur de massif. Les abeilles s’y pressent : elle figure parmi les meilleures plantes mellifères annuelles, avec une floraison qui démarre environ six semaines après le semis.
Le myosotis, souvent traité en bisannuelle, se comporte en annuelle dans bien des jardins grâce à son semis spontané. Ses petites fleurs bleu tendre composent des nappes sous les rosiers ou autour des tulipes. Il se ressème si abondamment qu’on le contrôle plus qu’on ne le plante.
L’ipomée bleue, ou belle-de-jour, grimpe jusqu’à 3 mètres en une saison.
Ses trompettes d’un bleu céleste à gorge blanche s’ouvrent le matin et se referment avec la chaleur. Une trempe de 24 heures des graines dans l’eau tiède avant le semis améliore nettement la levée, car leur enveloppe est très dure. Attention : les graines sont toxiques en cas d’ingestion, un point à connaître si des enfants jouent au jardin.
La lobélie érinus mérite aussi sa place en jardinière : elle forme des coussins ou des retombées de fleurs d’un bleu intense, de mai aux gelées. Un arrosage régulier suffit, mais elle supporte mal les sécheresses prolongées. Une taille de moitié en plein été relance souvent une seconde vague de floraison.
Semer, associer, entretenir
Les annuelles rustiques comme le bleuet, la nigelle ou la phacélie se sèment directement en place, dès que le sol peut être travaillé. Un semis en automne, dans les régions à hiver doux, donne même des plantes plus costaudes et une floraison avancée de plusieurs semaines. Il suffit de gratter la terre, d’éparpiller les graines et de tasser légèrement.
Les plus frileuses, ipomée et lobélie, se démarrent au chaud à partir de mars, puis se plantent après les Saintes-Glaces, à la mi-mai.
Côté associations, le bleu se marie à presque tout, mais deux combinaisons fonctionnent particulièrement bien. Le bleuet avec le coquelicot et la matricaire reconstitue une prairie fleurie de type champ de blé. La nigelle, elle, gagne à côtoyer l’ammi majus blanc et le cosmos rose pâle pour un massif romantique.
Un bleu pur s’impose face au jaune d’une rudbeckie ou à l’orange d’un souci, par effet de contraste.
Pour que la floraison dure, deux gestes comptent. Couper les fleurs fanées de bleuets et de lobélies déclenche de nouveaux boutons, tandis que laisser monter en graines nigelle et myosotis garantit leur retour l’an suivant. Un sol plutôt maigre et bien drainé convient à la majorité de ces espèces, un excès de compost produisant surtout du feuillage.
Le bouquet et la cuisine
En vase, le bleuet tient environ une semaine et se sèche très bien, tête en bas, dans un endroit sombre. Les capsules de nigelle se glissent dans les compositions d’automne et conservent leur forme des mois. Les pétales de bourrache et de bleuet, eux, décorent salades, glaçons et gâteaux, à condition de n’utiliser que des fleurs non traitées.
Un dernier détail de jardinier : la couleur bleue paraît plus intense à l’aube et au crépuscule, quand la lumière est rasante. Plantées à l’est d’une terrasse, ces annuelles offrent leur meilleur effet au moment du petit-déjeuner.