Des feuilles de camélia qui jaunissent avec des taches marron, c’est presque toujours l’un de quatre problèmes : un sol trop calcaire, un coup de soleil, un excès ou un manque d’eau, ou un champignon. Le tout est de savoir lequel, car les remèdes se contredisent. Arroser davantage guérit l’un et tue l’autre.
Le premier réflexe consiste à regarder où se situent les symptômes. Un jaunissement sur les jeunes feuilles, avec des nervures qui restent vertes, signale une chlorose ferrique. Un jaunissement des vieilles feuilles, plus uniforme, relève plutôt d’un manque d’azote ou d’un vieillissement normal.
- Un jaunissement avec nervures vertes signale presque toujours un sol trop calcaire.
- Des plages sèches sur le côté exposé au sud ou à l’ouest sont des brûlures solaires.
- Des taches brunes délimitées avec points noirs indiquent une maladie fongique.
- Un sol détrempé asphyxie les racines et provoque un jaunissement semblable à la sécheresse.
Lire la feuille avant de sortir le pulvérisateur
Le camélia est une plante de terre de bruyère. Il demande un sol acide, avec un pH autour de 5,5 à 6,5, et il le fait savoir dès que ce seuil est dépassé. Au-delà de 7, le fer présent dans le sol devient inassimilable pour les racines, même s’il y en a en abondance.
Résultat : des feuilles jaune pâle, nervures vertes, puis des bords qui brunissent. L’arrosage au robinet aggrave le tableau dans les régions à eau calcaire, comme une grande partie du Bassin parisien ou du Nord-Est.
Un test de pH vendu en jardinerie coûte quelques euros.
Les taches marron, elles, racontent une autre histoire selon leur forme. Des plages sèches, beiges à brunes, situées sur le côté de la feuille exposé au sud ou à l’ouest, sont des brûlures solaires. Le camélia apprécie la lumière filtrée et supporte mal le soleil direct de l’après-midi, surtout après un hiver doux qui a avancé la pousse. Des canicules comme celles des étés récents ont multiplié ces dégâts, y compris sur des sujets installés depuis dix ans.
Quand le coupable est un champignon
Des taches brunes bien délimitées, parfois entourées d’un halo jaune, avec de minuscules points noirs en leur centre, évoquent une maladie fongique. Plusieurs champignons s’attaquent au camélia, dont des Pestalotiopsis responsables de nécroses foliaires. Ils profitent de l’humidité stagnante et des blessures laissées par le froid ou la grêle.
Le feuillage mouillé en soirée, un arrosage par aspersion et un arbuste trop serré entre ses voisins favorisent leur installation. Les spores passent l’hiver dans les feuilles tombées au sol, qui deviennent la source de réinfection au printemps suivant.
Ramasser ces feuilles est donc le geste le plus efficace.
Les fleurs ont leur propre fléau. La brunissure des pétales, causée par Ciborinia camelliae, transforme les corolles en chiffons bruns dès l’ouverture, avec des nervures plus foncées. Elle ne touche pas les feuilles, mais elle vient souvent compliquer le diagnostic quand les deux symptômes cohabitent. Les fleurs atteintes doivent partir à la poubelle, jamais au compost, car le champignon forme des sclérotes qui survivent plusieurs années dans le sol.
Eau, racines et pot : le piège le plus courant
Dans la majorité des cas que rencontrent les jardiniers amateurs, c’est l’eau qui déraille. Un sol lourd qui retient l’eau asphyxie les racines fines, qui pourrissent, et la plante jaunit alors comme si elle manquait d’eau. Les feuilles se tachent de brun, tombent, et le jardinier arrose encore plus, ce qui achève le travail.
À l’inverse, un camélia en pot qui sèche complètement en été perd ses feuilles par le bord, avec des pointes brunes et croustillantes. La motte doit rester fraîche en permanence, sans être détrempée. Un paillage de 5 à 7 cm d’écorces de pin ou de feuilles mortes conserve l’humidité et acidifie légèrement le sol.
Les cochenilles, enfin, laissent aussi des traces. Elles se logent sous les feuilles, sucent la sève et provoquent des jaunissements ponctuels, souvent accompagnés d’un dépôt noirâtre, la fumagine, qui se développe sur leur miellat. Un coup d’œil à la face inférieure des feuilles, avec une loupe si besoin, règle la question en une minute.
Le plan de soins, dans l’ordre
Commencer par vérifier le drainage et le pH. Si le sol est trop calcaire, un apport de chélate de fer corrige la chlorose en quelques semaines, et un engrais pour plantes de terre de bruyère, appliqué après la floraison, entretient l’acidité. Arroser à l’eau de pluie, quand c’est possible, évite de recalcifier le sol à chaque passage d’arrosoir.
Pour les champignons, la taille d’aération après la floraison, de mars à mai selon les variétés, laisse circuler l’air au cœur de l’arbuste. Les feuilles très atteintes se retirent et se brûlent ou partent aux ordures ménagères. Les fongicides à base de cuivre ne soignent pas les taches existantes, mais ils protègent le feuillage neuf si on les applique tôt, en respectant les doses et les restrictions d’usage en vigueur.
Pour les brûlures, la solution est de position : une exposition à l’est, ou à l’ombre légère d’un arbre à feuillage clair, évite la plupart des coups de soleil. Un camélia en pot se déplace simplement de quelques mètres.
Une feuille brûlée ou tachée ne reverdira jamais, même après un traitement parfait. Le seul critère fiable consiste donc à surveiller les pousses nouvelles du printemps suivant : si elles sortent d’un vert franc et brillant, le diagnostic était le bon.