Pas une fleur en juin, alors que la pergola croulait sous les grappes parfumées les années précédentes : voilà le scénario classique après un rabattage sévère à l’automne. La cause n’est pas un manque de vigueur ni une maladie, mais une simple erreur de calendrier. La grande majorité des chèvrefeuilles grimpants cultivés en France, notamment le très répandu chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), fleurissent sur le bois formé l’année précédente. Un chèvrefeuille grimpant à floraison printanière fleurit sur le bois de l’année précédente, et le couper au mauvais moment sacrifie une bonne partie des fleurs de l’année suivante. En rabattant sévèrement en octobre pour dégager la pergola, ce sont précisément les tiges porteuses des futurs boutons floraux qui sont parties à la déchetterie.
À retenir
- Pourquoi certains chèvrefeuilles restent muets après un rabattage d’automne, alors qu’ils croulaient sous les fleurs avant
- Le secret caché du bois qui fleurit : une logique inversée par rapport aux rosiers remontants
- Comment ne plus jamais sacrifier la floraison en adaptant la taille à la variété et à la saison
Le bois qui fleurit n’est pas celui qu’on croit
Voilà le nœud du problème, et il surprend beaucoup de jardiniers amateurs. Contrairement à un rosier remontant qui produit ses fleurs sur les pousses de l’année en cours, certains chèvrefeuilles fonctionnent à l’envers : les rameaux qui poussent une année portent les fleurs l’année suivante. Concrètement, la tige qui s’est allongée pendant l’été précédent contient déjà, en dormance, les bourgeons qui donneraient naissance aux fleurs du printemps ou de l’été suivant. Certaines variétés donnent des fleurs sur le bois de l’année, d’autres sur le bois de l’année précédente, et il faut adapter la date de taille pour préserver les bourgeons floraux. Un rabattage en octobre, même modéré, coupe justement ce bois-là. Résultat : une plante en pleine forme végétative, feuillée, vigoureuse, mais silencieuse côté floraison pendant toute une saison.
Ce mécanisme explique aussi pourquoi deux chèvrefeuilles plantés côte à côte peuvent réagir différemment à la même intervention. C’est l’erreur la plus fréquente sur cette plante : on la taille à date fixe, comme une haie de troène, alors que deux chèvrefeuilles voisins peuvent suivre deux calendriers complètement différents selon leur variété. Un Lonicera japonica ‘Halliana’, à floraison estivale plus tardive, tolère mieux une taille tardive qu’un Lonicera periclymenum à floraison de printemps et de début d’été. D’où l’intérêt, avant de sortir le sécateur, de vérifier l’étiquette d’origine ou de se souvenir du moment où la plante fleurissait habituellement, mai-juin pour les variétés printanières, juillet-septembre pour les remontantes.
Pourquoi octobre est souvent la mauvaise période
L’automne reste pourtant une saison logique pour intervenir : la sève redescend, le feuillage se dégarnit, la pergola respire enfin après des mois d’envahissement. Le problème, c’est que cette période coïncide avec la formation des bourgeons dormants sur les variétés à floraison printanière. Une coupe légère de nettoyage, qui retire les fleurs fanées et quelques pousses mal placées, ne pose pas de souci. Mais un rabattage franc, celui qui vise à « dégager » un support envahi, en supprime l’essentiel. Les spécialistes distinguent d’ailleurs bien les deux gestes : une technique d’entretien qui consiste à supprimer le bois mort et éclaircir l’intérieur en n’enlevant qu’un tiers au maximum, et un rajeunissement plus profond qui se pratique de façon progressive, sur deux ou trois ans si nécessaire. Rabattre en une seule fois pour gagner du temps, c’est précisément l’inverse de cette logique de progressivité.
Bonne nouvelle tout de même : la plante n’est pas morte, loin de là. Le chèvrefeuille compte parmi les grimpantes les plus résilientes du jardin. Il tolère même une taille sévère à quelques dizaines de centimètres du sol pour un renouvellement complet de l’arbuste, la ramure se reformant en deux ans. Le silence floral de cette année n’est donc qu’une parenthèse, pas une sentence définitive, à condition de ne pas répéter l’erreur l’automne prochain.
Que faire maintenant, et comment tailler la prochaine fois
Pour la suite immédiate, le mot d’ordre est patience. Laissez la plante reconstituer sa charpente sans nouvelle intervention lourde cette année : chaque pousse qui s’allonge actuellement prépare la floraison de la saison prochaine. Une taille de contrôle très légère, limitée aux tiges mal orientées, suffit largement. Tailler après la floraison permet d’enlever les fleurs fanées et les pousses gênantes, ce qui améliore l’aspect et le parfum l’année suivante. Mais cette année, sans fleurs, il n’y a rien à nettoyer : autant laisser la végétation tranquille et se concentrer sur le palissage.
Pour l’an prochain, la règle change selon le type de floraison observé les années passées. Pour les variétés qui fleurissent au printemps sur le bois de l’année précédente, il faut tailler juste après la floraison, en mai-juin, afin de ne pas supprimer les bourgeons floraux. À l’inverse, pour les espèces à floraison estivale qui donnent leurs fleurs sur le bois de l’année, la taille principale se pratique en fin d’hiver, entre février et mars, hors gel. Si la pergola menace vraiment d’être submergée avant cette échéance, mieux vaut se limiter à guider les pousses plutôt qu’à couper : attacher les tiges tous les 30 à 50 cm avec des liens souples, en les orientant horizontalement, favorise la ramification et la floraison sans sacrifier un seul bourgeon.
Un détail amuse souvent les jardiniers qui redécouvrent cette plante après un accident de taille : la base sucrée des fleurs de chèvrefeuille, pressée entre les doigts, libère une goutte de nectar comestible que bien des enfances ont connue comme un « bonbon » végétal. Autant dire qu’une année sans fleurs, c’est aussi une année sans ce petit plaisir de jardin. De quoi motiver à noter, dès maintenant sur un calendrier, la date exacte de la prochaine floraison observée : c’est elle, et non le calendrier des autres arbustes du jardin, qui dictera le bon moment pour tailler sans se tromper.
Sources : centre-vert.fr | javoy-plantes.com | pepinieres-travers.fr