J’ai pulvérisé mes pélargoniums contre les pucerons dès que les hampes ont noirci mi-août : en fendant une tige, j’ai compris que je traitais le mauvais coupable

Mi-août, les hampes florales de mes pélargoniums ont viré au noir, une par une. Réflexe classique : direction le puceron, ce parasite qu’on soupçonne pour presque tout au jardin. J’ai pulvérisé du savon noir, patienté quelques jours. Rien n’a changé. En fendant une tige atteinte à l’ongle, la vérité m’a sauté aux yeux : une petite chenille verdâtre nichée à l’intérieur, entourée de déjections sombres. Le puceron n’était qu’un témoin gênant, pas le responsable.

À retenir

  • Vous traitez contre le puceron, mais quelque chose d’autre détruit vos pélargoniums de l’intérieur
  • Un simple geste permet de confirmer le diagnostic sans doute : fendre la tige et observer
  • Le papillon brun du géranium pond ses œufs sur les tiges, et c’est là que commence le désastre

Pourquoi le puceron prend (à tort) tous les torts

Le pélargonium attire une faune d’insectes suceurs de sève, et le puceron en fait partie. Au printemps, on le trouve facilement en colonies sur les jeunes pousses. Le puceron est un insecte qui attaque le végétal par aspiration de son suc, et une espèce est très présente sur les géraniums de balcon au printemps. Il déforme les feuilles, ralentit la croissance, mais il ne s’attaque pas aux tiges lignifiées ni ne provoque de noircissement franc des hampes florales. C’est là que le raisonnement dérape : on voit du noir, on pense pourriture ou parasite, et le puceron, présent ailleurs sur la plante, devient le suspect idéal alors qu’il n’a rien à voir avec la scène du crime.

Le puceron n’est pas pour autant totalement hors de cause dans l’histoire globale des maladies du géranium. Il faut lutter préventivement contre les pucerons qui transmettent les maladies, car s’ils provoquent peu de dégâts directs sur les géraniums, leurs piqûres sont vectrices de maladies. Mais transmettre un pathogène et creuser une galerie noire dans une tige, ce sont deux mécanismes totalement différents. Traiter contre le puceron quand le vrai problème loge à l’intérieur de la plante revient à soigner une grippe avec un pansement.

Le vrai coupable : une chenille qui vit à l’intérieur de la tige

Fendre la tige a changé toute l’histoire. À l’intérieur, une chenille, pas plus grosse qu’un grain de riz au début de son développement, s’était installée dans la moelle du pélargonium. Il s’agit très probablement du papillon brun du géranium, un ravageur originaire d’Afrique du Sud qui s’est solidement implanté en France depuis les années 2000. Ce papillon brun, aussi appelé mineuse des tiges ou Lycène des géraniums, attaque spécifiquement et uniquement les pélargoniums, à l’exception des odorants, en y déposant ses œufs qui donneront des chenilles vertes très ravageuses. La femelle pond près des boutons floraux ou sur les jeunes tiges, la larve éclot et s’enfonce directement dans les tissus végétaux.

Le noircissement que j’observais n’était donc pas une pourriture externe, mais la conséquence directe de ce squat interne. Un noircissement des hampes florales et des tiges est provoqué par la présence des déjections des larves, et une forte attaque peut provoquer un dépérissement complet de la plante, avec une forte diminution de la floribondité. Les signes qui doivent alerter sont assez précis : tiges minées et feuilles perforées, déformation des boutons floraux, dessèchement et dépérissement généralisé. Et un détail aggrave la situation : la chaleur est un facteur aggravant, ce qui explique pourquoi les attaques s’intensifient précisément en plein été, au moment où les températures grimpent sur les balcons exposés plein sud.

Il existe une astuce simple pour confirmer le diagnostic sans attendre de fendre chaque tige suspecte. Sur une tige encore intacte, on repère parfois un léger renflement, presque imperceptible, à l’endroit où la chenille s’est logée. C’est ce genre de détail qui distingue un jardinier attentif d’un jardinier pressé qui traite au hasard.

D’autres coupables possibles à ne pas confondre

Le papillon brun n’est pas le seul à pouvoir noircir un pélargonium, et il vaut mieux écarter les autres pistes avant de se lancer dans un traitement. La rouille, provoquée par un champignon microscopique, en fait partie. La rouille du géranium, provoquée par le champignon Puccinia pelargonii-zonalis, est l’un des principaux fléaux, et à terme, les tiges peuvent noircir tandis que la plante décline. Elle se reconnaît d’abord par des pustules brun-rouille sur le revers des feuilles, bien avant que les tiges ne soient touchées.

Autre suspect classique en cas d’excès d’arrosage : la pourriture du collet. La pourriture des racines, dont certaines formes sont dues au champignon Phytophthora, provoque un jaunissement rapide des feuilles, un noircissement du collet et un affaissement généralisé de la plante, avec des racines qui deviennent molles et brunes, signes évidents d’asphyxie. Ici, le noircissement part de la base, pas des hampes florales isolées, et s’accompagne d’un substrat détrempé, ce qui permet de différencier assez vite les deux problèmes.

Il existe même une maladie bactérienne, plus rare mais redoutable, qui mérite d’être mentionnée. La bactériose du pélargonium, due à Xanthomonas pelargonii, provoque l’apparition de taches nécrotiques cernées de jaune sur les feuilles, et sur les tiges, on observe des taches translucides allongées évoluant en chancre. Contrairement à la galerie de la chenille, ici aucune cavité interne n’apparaît quand on fend la tige : la lésion reste superficielle mais s’étend en surface.

Le bon traitement, une fois le vrai coupable identifié

Une fois la chenille confirmée, l’urgence est de couper et détruire toutes les tiges atteintes, bien en dessous de la zone noircie, avant qu’elle ne migre vers une autre pousse. Dès que les boutons sont attaqués, il faut couper l’extrémité de la tige et pulvériser un insecticide microbiologique à base de Bacillus Thuringiensis, le même que celui utilisé contre la pyrale du buis. Ce produit, sélectif, cible spécifiquement les chenilles sans nuire aux pollinisateurs qui butinent encore les pélargoniums voisins non touchés. Le savon noir contre les pucerons, lui, reste utile, mais uniquement en traitement complémentaire sur les colonies visibles en surface, pas comme solution unique.

La prochaine fois qu’une hampe noircit sans raison apparente, l’ongle vaut mieux que le pulvérisateur : fendre la tige coûte trente secondes et évite des semaines de traitement inutile contre un ennemi qui n’était même pas sur les lieux.

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