Fleur annuelle bleue : bleuet, nigelle et lobélie au jardin

Le bleu franc, celui qui ne vire ni au violet ni au mauve, est la couleur la plus rare du jardin. Parmi les annuelles, trois espèces tiennent vraiment la promesse : le bleuet (Centaurea cyanus), la nigelle de Damas (Nigella damascena) et la lobélie érine (Lobelia erinus). Les autres, de l’ipomée à l’agérate, jouent plutôt dans la gamme des bleus nuancés.

À retenir
  • Le bleuet se sème directement en terre, à l’automne ou au printemps.
  • La nigelle de Damas fleurit de juin à août et ses capsules se glissent dans les bouquets secs.
  • La lobélie érine tolère mal la sécheresse et refleurit souvent en août après une taille.

Le bleuet, l’annuelle qui se sème en place

Longtemps compagnon des moissons, le bleuet a presque disparu des champs de blé avec les herbicides sélectifs. Au jardin, il revient sans difficulté.

On le sème directement en terre, soit à l’automne dans les régions douces, soit entre mars et mai ailleurs. Il lui faut du soleil, un sol ordinaire et même pauvre, car un terreau trop riche lui donne des tiges molles qui s’effondrent au premier orage. Les graines germent en une à deux semaines, et la floraison s’étire de juin à septembre si l’on coupe régulièrement les fleurs fanées.

Les semis d’automne donnent les plus belles touffes, d’environ 80 centimètres de haut.

Le bleuet se plaît en bouquet frais comme en séché, et ses pétales sont comestibles : ils colorent les salades et certains mélanges de thés. Les abeilles et les bourdons le butinent volontiers, ce qui en fait un allié des potagers, où il se glisse entre les rangs de carottes ou de poireaux. Une précaution toutefois : il se ressème tout seul avec générosité, et la parcelle de l’an prochain n’aura plus tout à fait le dessin de celle de cette année.

Nigelle, lobélie, ipomée : trois bleus, trois usages

La nigelle de Damas, surnommée « amour-en-buisson » ou « cheveux de Vénus », porte des fleurs d’un bleu ciel doux, entourées d’un feuillage filiforme qui lui donne un aspect de brume. Elle se sème en place, car elle supporte très mal le repiquage, dès mars pour une floraison de juin à août. Ses capsules gonflées, striées de pourpre, sont aussi décoratives que les fleurs et se glissent volontiers dans les bouquets secs.

La lobélie érine joue dans une autre catégorie, celle des jardinières et des suspensions. Elle forme des coussins de 15 à 20 centimètres, parfois retombants, couverts de petites fleurs d’un bleu intense à l’œil blanc. Ses graines sont minuscules, presque de la poussière : on les sème en février-mars au chaud, sans les recouvrir, et on ne plante dehors qu’après les derniers risques de gel, vers la mi-mai.

Elle déteste le dessèchement.

Dès que juillet s’installe et que le substrat sèche trop vite, la floraison s’interrompt. Un arrosage régulier, associé à une taille de moitié des tiges quand elle s’essouffle, la relance généralement pour une seconde vague en août.

L’ipomée bleue, souvent appelée gloire du matin (Ipomoea tricolor), est la grimpeuse du lot. Ses trompettes d’un bleu céleste, pouvant atteindre 8 à 10 centimètres, s’ouvrent à l’aube et se referment en début d’après-midi, d’où son nom. Une tige peut gagner trois à quatre mètres en une saison sur un treillage ou un tuteur, mais elle exige de la chaleur : on la sème en godets en avril, après avoir fait tremper les graines une nuit. Attention, ses graines sont toxiques en cas d’ingestion, un point à retenir si des enfants ou des animaux fréquentent le jardin.

Réussir la couleur : associations et pièges

Un bleu pur ne se lit bien que sur fond contrasté. Planté seul au milieu de verdure, il se perd, surtout en fin de journée quand la lumière baisse. Les jardiniers paysagistes l’associent donc au jaune d’or (rudbeckies, soucis, coréopsis annuels) ou au blanc (cosmos, gypsophile), qui le font ressortir sans le noyer.

Le bleuet avec le coquelicot et la camomille, par exemple, recrée en quelques mètres carrés une scène de bord de champ, un classique des prairies fleuries.

Autre piège, plus discret : le bleu des étiquettes. Sur les sachets de graines et les photos commerciales, la couleur est souvent retouchée ou sélectionnée sur la plus belle fleur du lot. Pour limiter les déceptions, mieux vaut choisir des variétés nommées plutôt que des « mélanges bleus » vagues, et regarder si la fiche précise un bleu « pur » ou « lavande ».

Côté exposition, la plupart de ces annuelles réclament au moins six heures de soleil par jour. À mi-ombre, le bleuet s’étiole, la nigelle fleurit moins et seule la lobélie, en particulier dans les régions chaudes, accepte un peu d’ombre l’après-midi.

Enfin, un mot sur la durée. Une annuelle bleue ne fleurit pas d’avril à novembre. En échelonnant les semis (un premier en mars, un deuxième début mai, un troisième en juin pour le bleuet), on obtient une présence continue de juin aux premières gelées. C’est une manœuvre toute simple, mais que peu de jardiniers amateurs pratiquent, alors que les semences coûtent quelques euros le sachet.

Dernier détail pour les bouquets : le bleuet tient une dizaine de jours en vase si on le coupe à demi ouvert, tandis que la nigelle se récolte au moment où le bouton se fend, avant que les pétales ne se déploient complètement.