Oui, il faut couper les fleurs fanées des pivoines, mais pas pour la raison qu’on imagine. Contrairement aux rosiers ou aux dahlias, une pivoine ne refleurit pas davantage parce qu’on retire ses corolles passées : elle ne fleurit qu’une fois par saison. Le geste sert surtout à l’esthétique du massif et à la santé de la plante.
- La pivoine ne fleurit qu’une fois par saison, donc couper les fleurs fanées ne relance pas la floraison.
- Retirer la fleur fanée évite que la plante dépense ses réserves à fabriquer des graines.
- La coupe se fait juste au-dessus de la première feuille bien développée, jamais à ras du sol.
Ce que le sécateur change vraiment (et ce qu’il ne change pas)
Une pivoine épanouie dépense beaucoup d’énergie pour fabriquer des graines. Quand la fleur fane et que le fruit commence à se former, la plante dirige ses réserves vers ces follicules, au détriment du rhizome ou des racines tubéreuses qui préparent la floraison suivante. Retirer la fleur coupe court à cette dépense.
L’effet reste modeste sur une plante adulte et vigoureuse. Mais sur un jeune sujet planté depuis un ou deux ans, chaque réserve compte.
Il y a aussi la question sanitaire. Les pétales détrempés par la pluie, collés sur le feuillage, favorisent le botrytis, ce champignon gris qui provoque des pourritures sur les boutons et les tiges. Les grosses fleurs doubles, qui retiennent l’eau comme une éponge, sont les premières concernées.
Enfin, des pétales brunis au sommet d’une tige gâchent un massif encore très beau par son feuillage.
Où couper, et à quel moment
Le bon réflexe consiste à sectionner la tige florale juste au-dessus de la première feuille bien développée, sous la fleur fanée. On ne descend pas plus bas : le feuillage assure la photosynthèse pendant tout l’été et nourrit les racines pour l’année suivante. Une pivoine privée de ses feuilles trop tôt s’épuise.
Le moment idéal arrive dès que les pétales commencent à tomber ou à brunir. Chez la plupart des pivoines herbacées, cela se situe entre mai et début juillet, selon la région et la variété.
Un sécateur propre et bien affûté évite de déchirer les tissus. Passer la lame à l’alcool à brûler entre deux plants limite la transmission des maladies fongiques, surtout si vous avez déjà repéré des taches sur certaines feuilles.
Une coupe nette suffit.
Si vous voulez cueillir quelques fleurs pour un vase, faites-le de préférence au stade bouton mou, quand il a la souplesse d’une guimauve. Gardez toujours au moins deux ou trois feuilles sur la tige restante pour ne pas affaiblir la plante.
Pivoine herbacée, arbustive, Itoh : trois logiques différentes
Toutes les pivoines ne se traitent pas de la même façon. La pivoine herbacée (Paeonia lactiflora), la plus répandue dans les jardins français, perd ses tiges à l’automne et repart de la souche au printemps. Pour elle, couper les fleurs fanées est un geste de confort, et la coupe des tiges à ras se fait en automne, une fois le feuillage jauni.
La pivoine arbustive, dite pivoine en arbre (Paeonia suffruticosa), garde un bois dur et vit longtemps, parfois plus d’un siècle. Ici, on retire les fleurs fanées avec douceur, en pinçant ou en coupant juste sous la corolle, sans toucher au bois. Une taille sévère compromet la floraison des années suivantes, car les boutons se forment sur le bois de l’année précédente.
Les pivoines Itoh, croisements entre herbacées et arbustives, obtenus au Japon par Toichi Itoh dans les années 1940, se comportent comme des herbacées pour la taille d’automne. Elles produisent souvent beaucoup de boutons secondaires, ce qui allonge la floraison : on retire les fleurs fanées au fur et à mesure, sans toucher aux boutons encore fermés.
Un cas particulier mérite d’être mentionné : les pivoines botaniques, aux fleurs simples, forment parfois des fruits décoratifs, des follicules rouges qui s’ouvrent sur des graines noires et brillantes. Beaucoup de jardiniers les laissent exprès, car elles ajoutent une touche inattendue au massif en fin d’été.
Les erreurs qui coûtent une floraison
L’erreur la plus fréquente consiste à tailler trop court. Couper la tige à ras du sol en juin, sous prétexte de faire propre, prive la souche de plusieurs mois de photosynthèse. La floraison de l’année suivante en pâtit, parfois fortement.
Autre piège : laisser les fleurs fanées et les feuilles malades au pied de la plante. Les spores de botrytis y passent l’hiver. Ramassez systématiquement les débris et jetez-les aux ordures ménagères, pas au compost domestique, qui ne monte pas toujours assez en température pour détruire le champignon.
La pivoine pardonne beaucoup, sauf le manque de lumière et une plantation trop profonde. Les yeux (bourgeons) du rhizome doivent se trouver à 3 à 5 cm sous la surface du sol pour les herbacées. Au-delà, la plante végète et ne fleurit plus, quelle que soit la qualité de votre taille.
Côté soins, un apport de compost mûr ou d’engrais pauvre en azote après la floraison aide la souche à reconstituer ses réserves. Trop d’azote, au contraire, donne un feuillage luxuriant au détriment des fleurs.
Les pivoines sont des plantes de longue durée : une herbacée bien installée peut fleurir plus de vingt ans sans être déplacée. Si l’une des vôtres s’obstine à ne pas fleurir malgré une taille correcte, vérifiez d’abord la profondeur de plantation et l’ensoleillement, qui doit atteindre six heures par jour environ.