Un rosier tige perd rarement la partie qu’on voit. Ce qui meurt en hiver, c’est le point de greffe, ce renflement situé sous la couronne, à 90 ou 100 cm du sol sur une haute tige. Il gèle autour de -10 °C quand le vent s’en mêle, et avec lui toute la tête fleurie qu’il alimente.
Contrairement à un rosier buissonnant, que l’on peut butter de terre, la tige expose son talon fragile à l’air libre. Il faut donc l’emmitoufler en hauteur.
- Le point de greffe gèle autour de -10 °C et entraîne toute la couronne.
- Un manchon de paille ou de jute, doublé d’un voile, isole la zone de greffe.
- Le déballage se fait par étapes, vers mi-mars, jusqu’aux Saints de glace.
Pourquoi le point de greffe décide de tout
Un rosier tige est un assemblage de trois pièces : un porte-greffe (souvent un rosa canina ou un rosa rugosa), une tige nue, puis la variété greffée qui forme la couronne. L’ensemble tient ou meurt à la jonction. Si cette zone gèle, la couronne se dessèche au printemps alors que le pied, lui, repart en rejets sauvages sous la greffe.
Les tiges sur rosa rugosa supportent mieux le froid que celles sur canina, mais aucune ne mérite d’être laissée nue sous -8 °C. Les pluies verglaçantes et les vents d’est, fréquents dans le nord et l’est de la France, font plus de dégâts qu’un gel sec et calme.
Le sol compte aussi. Un tuteur robuste, enfoncé à 40 cm au minimum, évite que la neige lourde ou la bourrasque ne casse la tige au niveau de l’attache.
Le bon moment, et la préparation avant d’emballer
Inutile de se précipiter. Emballer trop tôt, en octobre, enferme l’humidité et favorise la pourriture grise. Le signal à guetter : les premières gelées nocturnes autour de -2 à -3 °C, souvent entre mi-novembre et début décembre en plaine.
Avant de couvrir, un nettoyage s’impose. On ramasse les feuilles tombées au pied (elles abritent les spores de marsonia, la maladie des taches noires) et on retire les fleurs fanées et les fruits restants.
La taille, elle, attend. Une taille d’automne stimule des bourgeons qui gèleront aussitôt. On se contente de raccourcir de moitié les rameaux les plus longs, que le vent ferait fouetter, et on garde la vraie taille pour fin février ou mars, quand les gelées fortes sont passées.
Un paillage de 10 cm de feuilles mortes saines, de BRF ou d’écorces au pied protège les racines du porte-greffe.
La méthode pas à pas : paille, voile, ficelle
Le principe est simple : deux couches qui ne jouent pas le même rôle. La paille isole, le voile protège de l’humidité et du vent. On commence par la couronne.
Rassemblez les rameaux de la tête sans les casser, en les ramenant doucement vers la tige avec un lien souple. Puis garnissez l’intérieur de la couronne de paille sèche, ou de fougères, à raison d’une bonne poignée serrée qui comble les vides. Une couronne aérée au centre perd sa chaleur par courants d’air.
Enveloppez ensuite l’ensemble dans un voile d’hivernage de 30 à 50 g/m², le tissu non tissé en polypropylène vendu en jardinerie. Il laisse passer l’air et l’eau, contrairement au plastique, qui crée de la condensation et de la moisissure. Fermez en bas par un nœud ou un lien, sans étrangler la tige.
Le point de greffe demande son propre traitement.
Entourez la zone de greffe d’un manchon de paille ou de jute épais, sur 20 à 30 cm de hauteur, que vous recouvrez d’une seconde épaisseur de voile et fixez à la tige par deux liens, l’un au-dessus et l’autre au-dessous de la jonction. Certains jardiniers enroulent aussi la tige entière de bandes de toile de jute, sur toute sa hauteur, ce qui protège l’écorce des gels de printemps qui la font éclater.
Les pots de rosiers tiges se traitent à part : on les rapproche d’un mur exposé au sud, on les surélève sur des cales et on enveloppe le contenant d’un film bulle ou de jute, car les racines gèlent bien plus vite en pot qu’en pleine terre.
Les erreurs qui coûtent un rosier, et le déballage au printemps
La première erreur est le sac plastique ou la bâche opaque. Au premier rayon de soleil de février, la température grimpe sous l’enveloppe, les bourgeons se réveillent et la gelée suivante les grille.
La deuxième, c’est la paille mouillée. Une paille détrempée devient un nid à champignons et perd tout son pouvoir isolant, d’où l’intérêt du voile par-dessus et d’un matériau ramassé sec.
On déballe par étapes, vers mi-mars dans la plupart des régions, en ouvrant d’abord le haut du voile pendant quelques jours de temps doux. Le retrait total se fait quand les gelées nocturnes descendent rarement sous -2 °C, et on garde le voile à portée de main jusqu’aux Saints de glace.
C’est aussi le moment de la taille : on coupe tout bois noirci ou brun jusqu’au tissu vert, on raccourcit les branches saines à trois ou quatre yeux, et on supprime sans attendre les rejets qui partent sous la greffe, signature du porte-greffe sauvage qui épuiserait la variété.
Un dernier chiffre pour doser l’effort : dans les régions à hivers doux, comme le littoral atlantique et la Méditerranée, un simple manchon de jute sur le point de greffe suffit souvent, alors qu’au-dessus de 600 m d’altitude, le double voile avec paille devient la norme.