Un poinsettia ne rougit pas parce qu’il fait froid ou parce qu’on l’a changé de pièce : il rougit parce que les nuits deviennent longues. Pour déclencher la coloration des bractées (ces feuilles transformées qu’on prend pour des fleurs), il lui faut au moins 14 heures d’obscurité totale par jour, pendant 8 à 10 semaines d’affilée.
La plante est dite « de jours courts ». Dans son Mexique d’origine, elle colore ses bractées à l’approche de l’hiver, quand la durée du jour passe sous les 10 à 11 heures. Dans un salon français éclairé jusqu’à minuit, ce signal n’arrive jamais.
Une seule lampe allumée suffit à tout fausser.
- Un poinsettia rougit après au moins 14 heures d’obscurité totale par jour.
- Le traitement doit durer 8 à 10 semaines consécutives.
- Une seule source lumineuse la nuit suffit à bloquer la coloration.
La règle des 14 heures, concrètement
Quatorze heures de nuit, cela signifie un poinsettia à l’abri de toute lumière de 17 h à 7 h, par exemple. Le plus simple consiste à le coiffer chaque soir d’un grand carton opaque ou d’un sac poubelle noir, puis à le ressortir le matin. Une pièce où personne ne passe, sans éclairage le soir, fait aussi l’affaire : un placard, une cave saine, une chambre d’amis.
Le piège, c’est la fuite lumineuse. Un lampadaire de rue, la veilleuse d’un couloir ou l’écran d’une box internet peuvent interrompre la nuit de la plante. Les chercheurs en horticulture ont montré depuis longtemps que de très faibles intensités lumineuses, de l’ordre de quelques lux seulement, retardent voire bloquent la coloration. Une pleine lune est déjà bien plus lumineuse que cela.
Dans la journée, c’est l’inverse : le poinsettia réclame une vive clarté, six heures minimum de lumière franche près d’une fenêtre, sans courant d’air. Il lui faut aussi une température stable, autour de 16 à 20 °C la nuit et jusqu’à 22 °C le jour. En dessous de 10 °C, les feuilles noircissent et tombent.
Le calendrier pour être rouge à Noël
Le décompte part de la date de Noël, à rebours. Pour une couleur installée le 20 décembre, il faut commencer le traitement à l’obscurité vers le 1er octobre, soit environ 10 semaines avant. Les premières bractées commencent à changer de teinte après 5 à 6 semaines, puis la couleur se renforce.
Nous sommes début novembre. Pour un poinsettia conservé depuis l’an dernier, le train est donc déjà parti pour Noël, mais pas pour janvier. Une coloration lancée aujourd’hui aboutira vers la mi-janvier, ce qui offre une décoration tout aussi belle pour les semaines grises de l’hiver. Mieux vaut un rouge tardif qu’aucun rouge.
Le cycle d’une année complète se déroule ainsi : après la floraison, on laisse la plante au repos en arrosant très peu jusqu’en avril. Fin avril ou début mai, on la taille à une dizaine de centimètres, on la rempote dans un terreau frais, puis on reprend les arrosages et un engrais liquide toutes les deux semaines. En juin, elle peut sortir à mi-ombre, à l’abri du vent, quand les nuits dépassent durablement 15 °C. Un pincement des jeunes pousses en juillet donne un port plus touffu, avec davantage de bractées à l’arrivée.
On rentre la plante avant les premières nuits fraîches de septembre.
Les erreurs qui bloquent la couleur
La première est évidente : l’obscurité oubliée un soir sur trois. La régularité compte plus que la durée d’une nuit isolée, et une interruption trop fréquente repousse le calendrier de plusieurs semaines. Un minuteur ou une alarme sur le téléphone évite de compter sur sa mémoire.
L’excès d’eau vient ensuite. Le poinsettia déteste avoir les racines détrempées, et la soucoupe pleine est une cause fréquente de feuilles jaunes puis de pourriture du collet. On arrose quand les deux premiers centimètres de terreau sont secs, on vide la coupelle au bout d’un quart d’heure.
Le froid fait des dégâts silencieux : un passage de quelques minutes à 5 °C, sur le trajet entre le magasin et la voiture, peut suffire à provoquer la chute des feuilles dans les jours suivants. C’est pourquoi les horticulteurs conseillent d’emballer la plante dans un papier avant de la sortir en hiver.
Trop d’engrais azoté favorise le feuillage vert au détriment des bractées. Dès que la coloration démarre, on peut espacer, voire arrêter les apports.
Enfin, la lumière de jour trop faible. Un poinsettia posé au fond d’un couloir, même avec des nuits parfaites, produira des bractées pâles, crème ou rosées, sans éclat.
Ce que l’on peut espérer, et comment le prolonger
Réussir un second rouge intense demande de la rigueur, mais le résultat n’a rien d’hypothétique. Les variétés récentes vendues en jardinerie, sélectionnées pour tenir longtemps en intérieur, se recolorent plus facilement que les anciennes, même si les teintes particulières (marbrées, blanches, abricot) restent plus capricieuses. Les bractées rouges restent décoratives pendant 2 à 3 mois une fois formées, à condition de ne pas dépasser 20 °C et d’éloigner la plante des radiateurs.
Une précaution pour la maison : le latex blanc de la tige est irritant pour la peau et les yeux, et peut provoquer des troubles digestifs chez le chat ou le chien qui mordille les feuilles. La toxicité reste cependant modérée, bien moindre que sa réputation. Des gants suffisent pour la taille de printemps.