Delphinium, agapanthe, géranium vivace, panicaut, chardon bleu : ces cinq-là peuplent à elles seules la plupart des massifs bleus réussis. Elles reviennent chaque année sans replantation, à condition d’être installées au bon endroit. Reste à choisir selon la hauteur, la rusticité et la période de floraison, de mai jusqu’aux premières gelées.
Le bleu franc est pourtant une rareté botanique.
- Le delphinium offre le bleu le plus intense avec des hampes de 1,2 à 1,8 m en juin-juillet
- L’agapanthe fleurit mieux quand ses racines sont à l’étroit dans le pot
- Le panicaut et l’échinops survivent sans arrosage après la première année grâce à leur racine profonde
Pourquoi le bleu est si difficile à trouver au jardin
Environ une plante à fleurs sur dix porte des fleurs bleues, et beaucoup tirent en réalité vers le violet. La couleur vient d’anthocyanines dont la teinte varie selon l’acidité de la sève et la présence de métaux comme l’aluminium ou le fer. Le rosier ne possède pas le gène qui fabrique la delphinidine, le pigment de base des bleus, d’où l’absence de rose bleue naturelle. Celle que Suntory a commercialisée au Japon en 2009 sous le nom d’Applause a dû recevoir un gène issu de la pensée.
Pour le jardinier, la conséquence est simple : les catalogues emploient « bleu » avec beaucoup de générosité. Une sauge « bleue » ou une lavande « bleue » sont le plus souvent mauves, alors que le delphinium, le panicaut ou l’ancolie de certaines variétés donnent un bleu plus net.
Les vivaces bleues qui tiennent leurs promesses
Le delphinium, ou pied-d’alouette, reste la référence du bleu intense. Ses hampes montent de 1,2 à 1,8 m en juin-juillet et réclament un tuteur dès le printemps, sous peine de se coucher au premier orage. Si on coupe les tiges fanées au ras du sol juste après la floraison, une seconde pousse, plus modeste, apparaît souvent en septembre.
L’agapanthe joue dans une autre catégorie, celle des grandes ombelles qui se dressent en été. Les variétés à feuillage caduc supportent en général des gelées autour de -10 °C, tandis que les types à feuillage persistant sont plus frileux et se cultivent volontiers en pot. Dans le nord de la France, ce sont donc les caduques qu’on plante en pleine terre, avec un paillage épais sur la souche en novembre. Une chose surprend les débutants : l’agapanthe fleurit mieux quand ses racines sont à l’étroit dans le pot.
Le géranium vivace « Rozanne » fleurit de juin aux premières gelées.
L’herbe aux chats (Nepeta) forme des coussins de fleurs bleu lavande très appréciés des abeilles et des bourdons. Si on la rabat de moitié après la première vague, vers fin juin, elle repart pour une seconde floraison en août. Plus structurés, l’Echinops (chardon bleu) et le panicaut Eryngium planum dessinent des boules et des cônes d’un bleu métallique qui tiennent debout tout l’été et résistent bien à la sécheresse.
Pour les situations moins évidentes, deux options méritent d’être citées. Le Baptisia australis, ou indigo sauvage, dresse ses épis bleu-violet en mai-juin sur environ 1 m, et il se montre rancunier si on le déplace : sa racine pivotante n’aime pas être dérangée. Le Brunnera macrophylla, le myosotis du Caucase, couvre les coins de mi-ombre de petites fleurs bleu ciel en avril-mai, avec un feuillage en cœur qui reste décoratif jusqu’à l’automne.
Composer avec le bleu : lumière, voisins, profondeur
Le bleu a un effet d’optique que les paysagistes exploitent depuis longtemps : il recule visuellement. Placé au fond d’un massif ou à l’extrémité d’une allée, il donne l’impression d’un jardin plus long. À l’inverse, un bleu au premier plan paraît plus discret que des jaunes ou des rouges. Sa teinte dépend aussi de la lumière, éclatante le matin et en fin de journée, plus pâle sous un soleil de midi.
Côté associations, le jaune reste son complément naturel : une achillée jaune pâle ou une rudbeckie à côté d’un echinops, et le contraste fonctionne sans effort. Le blanc, avec des marguerites ou des gauras, apporte de la fraîcheur, et un rose très pâle adoucit l’ensemble. Les touches d’orange (une montbrétia, un hélénium) créent un effet plus vif, à doser avec parcimonie.
Les bleus clairs s’effacent dès que le soleil est haut.
Plantation et entretien : les gestes qui comptent
La plupart de ces vivaces demandent du soleil et un sol qui draine bien, car l’eau stagnante en hiver fait plus de dégâts que le froid. Le delphinium fait exception, il préfère une terre riche, fraîche et enrichie en compost à la plantation. Il attire aussi les limaces, qui s’attaquent aux jeunes pousses dès mars, d’où l’intérêt de protéger les touffes avec un cercle de cendres de bois ou de granulés à base de phosphate ferrique. Une division tous les trois ou quatre ans, à l’automne ou au début du printemps, relance la vigueur des touffes de nepeta, de géranium et d’echinops.
Pour les emplacements plus ensoleillés et pauvres, le panicaut et l’échinops sont parfaits : leur racine profonde leur permet de se passer d’arrosage une fois installés. Il suffit de les arroser régulièrement la première année, puis de laisser la nature faire. On peut laisser les têtes sécher en hiver, elles nourrissent les chardonnerets et structurent le massif sous le givre.
Le pavot bleu de l’Himalaya (Meconopsis) fait rêver, mais il exige un sol acide, frais et un climat humide aux étés doux. Il réussit en Bretagne, dans les Vosges ou en altitude, et déçoit presque partout ailleurs en plaine.