Le pelargonium est l’une des plantes de balcon les plus courantes en France, et presque personne ne l’appelle par son nom. Le genre rassemble environ 280 espèces, la plupart originaires d’Afrique australe, en particulier de la région du Cap.
On le vend sous le nom de géranium, ce qu’il n’est pas.
- Le pelargonium n’est pas un géranium vrai, distinction établie en 1789 par la forme asymétrique de sa corolle
- Trois familles principales existent : les zonaux à gros pompons, les lierres retombants et les odorants au feuillage parfumé
- La culture demande 5 à 6 heures de soleil quotidien, un pot percé et un arrosage limité aux deux premiers centimètres de terreau secs
- L’hivernage en local froid entre 5 et 10 °C est obligatoire avant les premières gelées
Géranium ou pelargonium : une confusion née en 1789
Au milieu du XVIIIe siècle, Linné range toutes ces plantes dans un seul genre, Geranium. En 1789, le botaniste français Charles Louis L’Héritier de Brutelle les sépare d’après la forme des fleurs. Chez le pelargonium, la corolle est asymétrique, avec deux pétales supérieurs différents des trois autres, alors que le vrai géranium, celui des talus et des rocailles, porte cinq pétales identiques. Ce dernier est vivace et rustique, souvent jusqu’à -15 °C, quand le pelargonium noircit dès la première gelée.
Son nom vient du grec pelargos, la cigogne, en référence au fruit allongé qui rappelle un bec. Les premiers plants atteignent l’Europe au début du XVIIe siècle, rapportés par les navires revenant du Cap.
Zonaux, lierres, odorants : trois familles, trois usages
Les zonaux (Pelargonium x hortorum) forment les gros pompons rouges, roses ou blancs, reconnaissables à la zone brunâtre qui marque leurs feuilles rondes. Les lierres (Pelargonium peltatum) retombent sur près d’un mètre et sont faits pour les suspensions et les rebords de fenêtre. Les pelargoniums des fleuristes, dits à grandes fleurs, offrent au printemps des corolles froncées proches de celles de l’azalée, mais cessent de fleurir quand les nuits restent chaudes.
Les odorants jouent une autre partition. Leurs fleurs, petites, passent au second plan face à un feuillage qui sent la rose, le citron, la menthe ou la noix de muscade selon les variétés. Un froissement entre deux doigts libère le parfum. Les feuilles de certaines variétés servent aussi à aromatiser gelées, sucres et gâteaux, à condition de choisir des plants non traités.
À La Réunion, le géranium rosat est distillé depuis la fin du XIXe siècle.
L’huile essentielle obtenue sert en parfumerie, où elle offre une alternative à la rose, bien plus chère. Plus loin du jardin, la racine de Pelargonium sidoides, plante sud-africaine utilisée de longue date dans la médecine traditionnelle, entre dans des médicaments à base de plantes vendus en Europe contre les bronchites aiguës. Les variétés ornementales de jardinerie, elles, n’ont aucun usage thérapeutique reconnu.
Le faire fleurir de mai aux premières gelées
Il lui faut au moins cinq à six heures de soleil par jour et un pot percé, rempli d’un terreau drainant allégé de sable ou de perlite. Dans un pot sans trou, l’eau stagne et les racines pourrissent.
Arrosez quand les deux premiers centimètres de terreau sont secs, au pied plutôt que sur le feuillage, ce qui limite la rouille, un champignon qui dépose des pustules brun-orangé sous les feuilles. Un engrais riche en potassium tous les 10 à 15 jours soutient la floraison. Couper les fleurs fanées avec leur tige relance de nouvelles hampes.
Avant les premières gelées, les pots doivent rentrer.
Hiverner, bouturer, surveiller la pyrale
Un local lumineux et hors gel, entre 5 et 10 °C, convient : véranda froide, cage d’escalier, garage vitré. Taillez les tiges de moitié et retirez les feuilles jaunies, qui favorisent le botrytis. L’arrosage tombe à une fois par mois environ, juste de quoi éviter que la motte ne se dessèche. Le retour dehors se fait à la mi-mai, quand les gelées tardives ne sont plus à craindre.
Les boutures se prélèvent d’août à septembre : tige de 8 à 10 cm coupée sous un nœud, feuilles basses retirées, plaie laissée à sécher quelques heures. Plantée dans un mélange de terreau et de sable, elle s’enracine en trois à quatre semaines. Évitez le sac plastique, qui favorise la pourriture.
La pyrale du géranium (Cacyreus marshalli), un papillon sud-africain arrivé en Europe par les Baléares à la fin des années 1980, est aujourd’hui installée dans le sud de la France. Ses chenilles creusent les tiges, ce que trahissent de petits trous et un peu de sciure ; on les retire à la main ou on traite au Bacillus thuringiensis.
Un dernier point sur la multiplication : la bouture reproduit à l’identique la plante mère, ce que le semis ne garantit pas pour les hybrides F1, très répandus chez les zonaux. Un pied sain peut donc fournir plusieurs plants en un été. Les graines, elles, se sèment dès janvier ou février pour une floraison à partir de juin.