Elle sort son arrosoir chaque semaine de septembre, alors que les pluies d’automne commencent tout juste à revenir. Et non, ce n’est pas pour faire briller le feuillage persistant du camélia. C’est pour sauver la floraison de l’hiver prochain. Car à cette période précise de l’année, l’arbuste ne pousse plus vraiment : il prépare, en silence, les boutons qui s’ouvriront entre janvier et avril.
À retenir
- Le camélia fabrique ses boutons floraux bien avant qu’ils ne soient visibles
- Un manque d’eau en septembre peut détruire une floraison entière prévue pour l’hiver
- Le décalage entre la cause (sécheresse) et l’effet (chute des boutons) trompe les jardiniers
Un timing qui n’a rien d’anodin
L’induction du bouton floral se fait pendant la période estivale, et si l’apport d’eau n’est pas suffisant, le bouton n’arrive pas à maturité. Concrètement, le camélia décide dès l’été s’il va investir de l’énergie dans des fleurs ou pas, et cette décision se joue dans les racines, bien avant que le moindre bouton soit visible à l’œil nu. Les boutons floraux du camélia se forment sur le bois d’un an, et cette formation très longue débute plusieurs mois avant la floraison.
Septembre arrive donc au pire moment pour relâcher l’attention. Le camélia déteste les sols qui sèchent complètement, surtout en fin d’été et en automne, période où il prépare ses boutons floraux. La voisine ne rattrape pas un été négligé, elle sécurise une récolte de fleurs qui se joue maintenant, discrètement, sous l’écorce.
Il faut aussi distinguer les deux grandes familles de camélias, car le calendrier change tout. Il existe des variétés à floraison automnale, le Camellia sasanqua, dont les petites fleurs blanches à roses apparaissent de septembre à décembre. Pour celui-là, l’arrosage de septembre alimente une floraison qui démarre presque immédiatement. Mais pour le camélia du Japon, celui qui fleurira en février ou mars, le camélia d’ornement développe ses bourgeons dès l’été et entre ainsi dans sa période de repos hivernal déjà pleinement formé. L’eau versée en septembre travaille donc pour un résultat qu’on ne verra que dans quatre ou cinq mois. Un pari sur le long terme, en somme.
Ce qui se cache derrière une chute de boutons
Le vrai piège, c’est le décalage entre la cause et l’effet. Même un manque d’eau remontant à plusieurs semaines peut entraîner la chute prématurée des bourgeons de cet arbuste d’ornement. Le jardinier distrait arrose quand il voit les feuilles s’affaisser, mais le mal est souvent déjà fait ailleurs, sur des boutons qu’on ne remarque même pas encore. La plante a manqué d’eau plusieurs jours avant que le feuillage ne le signale, car il y a toujours un moment de latence entre le manque d’eau et le moment où ça se voit.
Ce phénomène explique pourquoi tant de camélias, apparemment sains, « boudent » au printemps sans qu’on comprenne pourquoi. Un apport d’eau irrégulier reste l’une des principales causes de problèmes : trop d’eau asphyxie les racines et ternit les feuilles, pas assez d’eau fait sécher et tomber les boutons. La marge de manœuvre est étroite, et c’est justement ce qui rend l’arrosage de fin d’été si stratégique : il faut compenser la sécheresse résiduelle sans détremper le sol.
Le froid viendra plus tard alourdir la note. Les boutons floraux, plus fragiles que le reste de la plante, peuvent subir des dommages à partir de -4°C. Un bouton mal formé en septembre, faute d’eau, aura donc encore moins de résistance face au premier coup de gel de l’hiver. Deux fragilités qui s’additionnent, et voilà pourquoi certains camélias perdent l’intégralité de leur promesse florale en une seule mauvaise saison.
La bonne méthode, sans excès
Arroser un camélia en septembre ne veut pas dire l’inonder. Les camélias n’aiment pas l’eau calcaire, qui peut à terme perturber leur nutrition et favoriser l’apparition de carences, mieux vaut donc préférer l’eau de pluie ou une eau adoucie. Faute de récupérateur d’eau, une astuce simple consiste à laisser reposer l’eau du robinet avec un peu de vinaigre pour neutraliser le calcaire, une pratique que recommandent d’ailleurs plusieurs jardineries.
Le paillage change aussi la donne. Une couche de paillage sur 10 cm d’épaisseur autour du camélia conserve l’humidité et évite que le soleil ne frappe directement le sol, ce qui peut l’assécher rapidement. Écorces de pin, feuilles mortes, compost bien décomposé : tout ce qui acidifie légèrement le sol en le gardant frais fait double emploi pour cette plante de terre de bruyère.
Reste la question de l’engrais, souvent mal comprise. Un excès d’engrais, en particulier d’azote, peut nuire au développement des fleurs, alors que un engrais spécifique, riche en potasse, apporté au moment de la formation des boutons donne de meilleurs résultats. Autant dire que l’arrosoir de la voisine fait probablement plus pour la floraison future que n’importe quel sac d’engrais premier prix acheté à la hâte en jardinerie.
Un dernier détail mérite d’être signalé : les camélias en pot souffrent davantage que ceux en pleine terre, tout simplement parce que le substrat s’assèche plus vite et retient moins longtemps l’humidité apportée. Si votre camélia végète dans un bac sur une terrasse exposée plein sud, il a sans doute besoin d’un arrosage deux fois plus fréquent que celui planté à l’ombre d’un mur au fond du jardin, même si les deux appartiennent à la même variété.
Sources : francebleu.fr | acturoubaix.fr