Un pincement réalisé fin août peut suffire à décaler la floraison de plusieurs semaines, au point que les boutons n’aient pas le temps de s’ouvrir avant les premières gelées. C’est le piège dans lequel tombent chaque année des milliers de jardiniers amateurs, persuadés de rendre service à leur plante en la taillant une dernière fois avant l’automne. Le geste part d’une bonne intention. Le résultat, lui, peut être un chrysanthème encore fermé le 1er novembre.
À retenir
- Un geste simple peut devenir fatal au calendrier de floraison du chrysanthème
- Le timing du pincement détermine si vos fleurs seront ouvertes pour la Toussaint ou bien après
- Les producteurs professionnels connaissent la règle : un délai précis que même la nature ne peut pas accélérer
Pourquoi ce geste tardif déraille tout le calendrier
Le pincement consiste à supprimer l’extrémité tendre d’une jeune tige pour forcer la plante à se ramifier plutôt qu’à filer vers le haut. C’est la première étape pour obtenir un chrysanthème bien touffu : contrairement à une taille franche, cette méthode consiste à supprimer l’extrémité tendre des jeunes tiges, ce qui stoppe la dominance apicale et force les bourgeons latéraux à se développer. Chaque coupe relance donc un cycle de croissance, exactement comme si l’on remettait le compteur à zéro.
Le problème, c’est le timing. Arrêter le pincement fin juillet au plus tard : si l’on pince plus tard, on retarde la floraison au point de risquer que les premières gelées l’interrompent. Un pincement fin août revient donc à demander à la plante de repartir de zéro alors qu’il ne reste qu’une petite dizaine de semaines avant la Toussaint, et parfois bien moins avant les premiers froids selon la région. Un chrysanthème de jardin met en général plusieurs semaines à transformer un bourgeon fraîchement formé en fleur épanouie, un délai que confirme d’ailleurs la pratique professionnelle : les producteurs pincent jusqu’au mois d’août, quand les plantes ont cinq à huit tiges ou plus, chacune avec un bourgeon terminal qui fleurira six à douze semaines plus tard. Douze semaines après fin août, on est en novembre passé. Le calcul est vite fait.
Une plante de jours courts, pas franchement pressée
Le chrysanthème n’est pas une plante qui fleurit « quand elle veut ». C’est une plante de jours courts, produite pour une commercialisation en octobre. Sa floraison est déclenchée par la diminution progressive de la durée du jour à partir de la fin de l’été, un mécanisme biologique précis que les producteurs professionnels maîtrisent en pépinière grâce à des voiles d’occultation, mais que le jardinier amateur subit tel quel dans son jardin. Retarder la ramification par un pincement tardif, c’est décaler le point de départ de ce compte à rebours photopériodique sans pouvoir en accélérer la fin.
Le contexte géographique et climatique joue aussi son rôle. La date du dernier pincement va plus ou moins influencer selon la période de floraison, en fonction de la rapidité d’apparition de la fleur et du site géographique du lieu de culture. Un jardin du Sud tolérera un peu plus de retard qu’un massif exposé au nord de la Loire, où les premières gelées peuvent survenir dès la mi-octobre certaines années. la marge d’erreur n’est pas la même partout, mais elle reste toujours étroite pour qui pince après juillet.
Le bon calendrier, étape par étape
Pour éviter la déconvenue, mieux vaut caler ses interventions sur un rythme précis, dès le printemps. Dès que les nouvelles pousses atteignent 5 à 8 cm au printemps, il faut rabattre la plante au ras du sol si ce n’est pas déjà fait, une taille rase qui élimine les vieilles tiges ligneuses et favorise le départ de nouvelles tiges vigoureuses ; puis, quand les nouvelles tiges atteignent 15 cm, on pince l’extrémité entre les doigts. Chaque tige pincée produit alors 2 à 3 nouvelles branches latérales, et l’opération se répète sur ces branches lorsqu’elles atteignent 15 cm à leur tour.
Ce cycle se répète ainsi de mai à juillet, et non au-delà. Trois pincements successifs de mai à fin juillet multiplient par quatre à six le nombre de tiges florales, la différence entre un chrysanthème ordinaire et un chrysanthème qui fait l’effet d’un massif entier. Passé cette fenêtre, la meilleure attitude consiste à laisser la plante tranquille : plus aucun pincement, seulement de la surveillance. Il faut simplement arroser régulièrement en été si les pluies sont rares, surtout en juillet-août quand la plante développe ses boutons floraux, toujours au pied et jamais sur le feuillage, car le chrysanthème est sensible aux maladies fongiques favorisées par l’humidité sur les feuilles. Un apport d’engrais adapté aide aussi la plante à finaliser ses boutons plutôt qu’à repartir en croissance végétative.
Que faire si le mal est déjà fait
Rien ne sert de paniquer si le pincement de fin août est déjà passé. La plante fleurira, mais plus tard et probablement de façon moins dense que prévu. Dans ce cas, deux options s’offrent au jardinier : rentrer le pot dans un endroit abrité (véranda, garage lumineux) dès l’annonce des premières gelées pour laisser aux boutons le temps de s’ouvrir, ou accepter une floraison décalée qui s’étalera sur novembre plutôt que de culminer pile pour la Toussaint. Ce n’est pas dramatique, seulement un rendez-vous manqué avec le calendrier symbolique.
Reste une question que peu de jardiniers se posent : pourquoi jeter cette plante en novembre alors qu’elle pourrait refleurir chaque année ? En France, plus de 50 millions de chrysanthèmes sont vendus chaque année à l’approche de la Toussaint, et la quasi-totalité finit à la poubelle quelques semaines plus tard, alors que c’est une plante vivace rustique qui peut refleurir chaque automne pendant dix ans ou plus, à condition de la planter en pleine terre après sa première floraison et de la tailler correctement chaque printemps. Le pincement raté de cette année pourrait bien devenir, l’année prochaine, le premier geste d’une plante replantée au jardin, cette fois pincée au bon moment.
Sources : le-caucase.com | deavita.fr