Couper au sécateur une tige vigoureuse qui jaillit sous le point de greffe, c’est croire l’éliminer. En réalité, ce geste réveille des yeux dormants juste sous la coupe et pousse le porte-greffe à repartir de plus belle, souvent avec deux ou trois nouvelles pousses là où il n’y en avait qu’une. Les gourmands, ces pousses partant sous le point de greffe, doivent être arrachés et non coupés, car couper un gourmand au ras du sol l’encourage à repartir, tandis que l’arracher élimine les yeux dormants à sa base. Le vieux jardinier qui m’a repris avait raison sur toute la ligne : sous chaque coupe nette au sécateur, la sève trouve un chemin encore plus court vers la lumière.
À retenir
- Pourquoi votre sécateur aggrave le problème au lieu de le résoudre
- Le geste simple que les jardiniers oublient et qui marche vraiment
- Comment identifier précisément ce qu’il faut éliminer sous le point de greffe
Ce qui se joue vraiment sous le bourrelet de greffe
La quasi-totalité des rosiers de jardinerie ne sont pas des plantes « franches de pied ». Le rosier que l’on achète en pépinière est généralement un rosier greffé, c’est-à-dire que la partie aérienne, avec les branches et les belles fleurs qui vous ont séduit, a été greffée sur un rosier botanique choisi pour les qualités de son système racinaire, et entre les deux, le « point de greffe » se présente comme un petit renflement qui fait la jonction entre les branches et les racines. Ce porte-greffe, souvent un églantier ou une espèce proche, n’a qu’une idée en tête : reprendre sa liberté. Le porte-greffe est souvent plus vigoureux que le greffon et peut développer des tiges qui concurrencent la variété greffée pour la sève et la lumière.
Le problème, ce n’est pas la pousse elle-même. C’est la façon dont on la retire. Une coupe au sécateur, même nette, laisse un moignon truffé de bourgeons dormants juste sous la lame. Or ces yeux endormis ne demandent qu’un signal pour démarrer. Une taille au sécateur, pas assez près de la base, risque de renforcer la pousse et il est probable qu’elle resurgisse. Résultat concret au jardin : on croit avoir supprimé une tige indésirable, et trois semaines plus tard, deux repoussent à sa place, plus trapues, plus armées d’épines. C’est une compétition perdue d’avance si l’on s’obstine avec le mauvais outil.
Arracher plutôt que couper : le geste qui change tout
Le vieux jardinier avait une méthode simple, presque brutale en apparence : saisir la pousse à sa base, la tordre, et l’arracher d’un coup sec plutôt que de la sectionner. Une fois le rejet identifié, il est préférable de l’arracher à la main, le plus près possible de sa base, quitte à creuser un peu la terre autour pour le dégager ; si l’on ne parvient pas à l’arracher à la main, on peut utiliser un couteau bien aiguisé ou un sécateur. L’idée derrière ce geste n’a rien d’une superstition de jardinier à l’ancienne : en tirant, on emporte avec la pousse une partie du tissu qui portait les bourgeons dormants, ce qui prive le porte-greffe de sa réserve de départs futurs.
D’autres praticiens vont plus loin dans la description du geste. Pour enlever le gourmand, il faut le saisir là où il s’attache au porte-greffe, tirer fermement vers le bas jusqu’à le casser, en essayant d’obtenir un peu du « talon », la partie de la base sur laquelle la pousse a jailli, pour décourager la repousse. Cette astuce vaut aussi pour les drageons qui surgissent plus loin, directement sur une racine. Si c’est un drageon qui a pris naissance sur une racine, il ne faut pas hésiter à arracher la racine porteuse du drageon. Sur les rosiers tiges et pleureurs, la logique reste identique mais la localisation change : il faut supprimer à ras de la tige principale toutes les branches latérales situées sous le point de greffe, ce sauvageon pouvant apparaître directement sur la tige principale mais toujours sous le point de greffe.
Ne pas confondre gourmand et sauvageon, sous peine d’erreur
Là où beaucoup de jardiniers se trompent, c’est dans l’identification. Deux termes se ressemblent et pourtant désignent des réalités opposées. Il ne faut pas confondre sauvageons et « gourmands », ces derniers étant toujours émis au-dessus du point de greffe contrairement aux premiers qui sont toujours situés sous le point de greffe. : une tige vigoureuse qui part au-dessus du renflement de greffe appartient à votre variété et mérite d’être conservée, voire choyée, car elle peut devenir une charpentière prometteuse. Beaucoup de jardiniers font l’erreur de supprimer ces longues tiges vigoureuses, alors que ce sont pourtant elles qui rajeuniront le rosier et fleuriront abondamment.
Pour trancher sans hésiter, il existe un indice botanique fiable. Les feuilles de l’églantier Rosa canina portent toujours 7 folioles, contrairement aux rosiers cultivés qui en présentent généralement 5, cette différence permettant d’identifier facilement les pousses à supprimer. La couleur aide aussi : les gourmands se distinguent par leur couleur plus claire, leur vigueur, et un feuillage différent de celui du rosier greffé. Ignorer ces signaux a un coût réel sur la durée. Le porte-greffe, un rosier sauvage, prend souvent le dessus : si on le laisse rejeter, il rafle toute la sève, au détriment de la variété greffée qui s’affaiblit, fleurit de moins en moins et finit par disparaître, ne laissant plus que le rosier botanique utilisé comme porte-greffe.
Un dernier détail change tout selon le porte-greffe employé par le pépiniériste. Le Rosa canina classique produit de nombreux surgeons à partir de ses racines, qu’il faut arracher d’un coup sec ou couper au plus près des racines pour ne pas épuiser le rosier. À l’inverse, le porte-greffe Fortuniana produit peu de drageons et porte peu d’aiguillons, ce qui explique pourquoi deux rosiers de la même variété, greffés sur des sujets différents, ne demandent pas le même travail de surveillance au fil des saisons. Avant de sortir le sécateur, mieux vaut donc identifier son porte-greffe que de s’acharner à la mauvaise place.
Sources : botagora.fr | ctendance.fr