J’accusais les limaces pour les pétales grignotés de mes pétunias en pot : le soir où je suis ressorti avec une lampe, j’ai vu ce qui montait le long des tiges

Ce ne sont pas les limaces. C’est le verdict qu’on obtient neuf fois sur dix quand on sort la lampe torche par une nuit d’été pour surveiller ses pétunias en pot. La bête qui grimpe le long des tiges, qui s’accroche aux pétales avant de les découper méthodiquement, porte deux pinces à l’arrière de l’abdomen : c’est un perce-oreille, aussi appelé forficule.

Le réflexe d’accuser la limace est presque universel chez les jardiniers amateurs. Elle a mauvaise réputation, elle est visible, elle laisse des traces. Mais justement : c’est cette absence de traces qui aurait dû mettre la puce à l’oreille bien avant la sortie nocturne à la lampe. La piste argentée caractéristique est le signe le plus évident que les limaces ou les escargots grignotent des plantes vivaces. Pas de bave brillante sur le pot, pas de trace gluante sur la soucoupe ? L’hypothèse limace s’effondre d’elle-même.

À retenir

  • Vos pétunias sont grignotés mais aucune trace de bave brillante visible ?
  • Un insecte discret le jour devient ravageur la nuit sous vos fleurs
  • Avant de déclarer la guerre, découvrez pourquoi cet insecte mérite peut-être votre clémence

Le perce-oreille, discret le jour, vorace la nuit

Le forficule (Forficula auricularia, pour les intimes) est un insecte brun-roux d’un à deux centimètres, facilement identifiable grâce à ses cerques en forme de pince au bout de l’abdomen. Long de 1 à 2 cm, cet insecte brun-roux se reconnaît par ses deux cerques formant une sorte de pince au bout de son abdomen, presque droits chez les femelles alors qu’ils sont nettement incurvés chez les mâles. Malgré son allure de petit crustacé égaré, il ne pince jamais l’humain de façon dangereuse.

Son mode de vie explique parfaitement le scénario du « pétale grignoté sans coupable visible en journée ». Les perce-oreilles se cachent à l’intérieur de petites cavités dans le sol ou dans des lieux sombres pendant la journée et ils sortent préférentiellement la nuit pour se nourrir. Le jour, il se love entre les pétales eux-mêmes ou sous le rebord du pot, invisible à l’œil nu. Le jour, il fuit la lumière et se réfugie dans des endroits frais, sombres et humides, notamment sous les pierres, parmi les déchets de jardin, dans des cavités, dans les crevasses du sol, sous les écorces de bois mort, sous des pots ou entre les pétales des fleurs. Résultat : on cherche la bête en plein soleil, on ne trouve rien, et le lendemain matin le pétunia ressemble à une dentelle mitée.

Son régime alimentaire complète le tableau. Le perce-oreille est un polyphage qui se nourrit aussi bien de petites proies vivantes ou mortes que de parties de végétaux très mûrs, abimés et en début de décomposition, comme les fruits, les pétales, les racines, mais aussi de pucerons et d’autres petits insectes. il ne cible pas spécifiquement les fleurs saines : il profite de ce qui est déjà tendre, un peu défraîchi, facile à mastiquer. Un pétunia en pot, exposé au soleil et parfois stressé par l’arrosage irrégulier, coche exactement ces cases.

Un autre suspect à ne pas écarter : la chenille nocturne

Le perce-oreille n’est pas le seul candidat crédible. Certaines chenilles de noctuelles, actives uniquement la nuit, causent des dégâts très similaires sur les pétunias. Deux types de chenilles peuvent causer de graves dommages aux pétunias, l’une adorant manger les racines et les fleurs de la plante. Ces larves partagent avec le forficule un talent pour l’invisibilité diurne : elles sont des créatures nocturnes qui mangent en entier, et peuvent également être trouvées sous les feuilles pendant la journée. Sur un forum de jardinage, un témoignage résume bien la confusion possible entre chenille verte fluo et perce-oreille sur un balcon en étage : j’ai aussi un balcon (suis au 3eme) et l’annee derniere mes plantes bouffees par des chenilles vertes fluo.

Pour trancher entre les deux suspects, il suffit d’observer la texture des dégâts. Une chenille laisse des bords de morsure francs, presque nets, souvent accompagnés de petites crottes noires sur le feuillage. Le perce-oreille, lui, grignote de façon plus irrégulière, en dentelle, et on le surprend généralement en flagrant délit sur la tige elle-même dès qu’on approche une lumière après le coucher du soleil. C’est d’ailleurs le comportement typique de l’insecte : le perce-oreille est plutôt nocturne, il s’active la nuit pour partir à la recherche de nourriture.

Faut-il vraiment déclarer la guerre au perce-oreille ?

Avant de sortir l’artillerie lourde, un point mérite d’être posé calmement. Ce petit insecte à pinces, mal aimé depuis toujours, rend en réalité bien plus de services qu’il ne cause de dégâts. Il est considéré comme un auxiliaire du jardinier puisqu’il mange essentiellement des insectes nuisibles comme les pucerons et les psylles, des larves d’insectes, des œufs de limaces et d’autres ravageurs des jardins. Le condamner sans nuance reviendrait à se priver d’un allié contre des ennemis autrement plus voraces. Il est parfois accusé à tort d’être un nuisible mais quand il semble infester une plante ou un coin du jardin, c’est souvent parce que ses proies y sont abondantes.

La solution la plus élégante consiste à le détourner plutôt qu’à l’éliminer. Si les perce-oreilles s’attaquent aux plantes, on peut les attirer dans des gîtes accueillants, comme des pots renversés remplis de paille, placés contre les tiges ou au pied de la plante. Le principe : le forficule cherche un abri sombre et humide pour la journée. En lui offrant un logement de substitution à quelques centimètres du pétunia, on le capture facilement chaque matin pour le relâcher plus loin, sur un massif où ses talents de prédateur de pucerons seront bienvenus.

Pour les chenilles de noctuelles, le tri manuel reste la méthode la plus fiable en pot : une inspection à la lampe torche vers 22-23 heures, quand l’insecte est en pleine activité de nourrissage, permet de le repérer et de l’éloigner sans produit chimique. Reste une question que peu de jardiniers se posent : combien de pétunias ont été traités à l’insecticide, ces dernières années, contre un coupable qui n’était jamais celui qu’on croyait ?

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