Trois à quatre heures dans l’eau tiède, pas une de plus : tel est le trempage qui réveille les griffes d’anémones de Caen (Anemone coronaria) avant leur mise en terre. Ces petits tubercules noirâtres, ridés comme des noisettes oubliées au fond d’une poche, perdent leur humidité pendant le stockage et doivent la retrouver avant de pousser.
Faut-il vraiment faire tremper les griffes d’anémones ?
Sur le papier, le trempage n’a rien d’obligatoire. Mais un tubercule sec, dur et recroquevillé met du temps à absorber l’humidité du sol, surtout en terre froide, et le risque est de le voir pourrir avant d’avoir germé.
L’eau fait le travail en quelques heures. Les griffes gonflent, leur peau se tend, et leur volume peut presque doubler : de petites pierres de rivière sombres, elles deviennent des boutons charnus, prêts à lancer leurs premières racines blanches.
Une précision utile : les anémones de Caen se plantent à deux saisons. À l’automne, d’octobre à novembre, pour une floraison de fin d’hiver et de printemps dans les régions douces. Au printemps, de mars à avril, pour des fleurs en été. Planter maintenant, début novembre, reste donc possible en climat tempéré, à condition de protéger la zone par un paillage.
Combien de temps laisser tremper, et comment ?
Entre trois et quatre heures suffisent. Au-delà de douze heures, le tubercule s’asphyxie, et l’excès d’eau favorise les moisissures.
Un bol d’eau tiède, à température ambiante, fait l’affaire. Certains jardiniers vont jusqu’à y laisser les griffes toute une nuit : c’est la limite à ne pas dépasser, car l’oxygène vient à manquer. Un minuteur sur le téléphone évite l’oubli.
Pour éviter les maladies, un léger réveil en milieu humide est une alternative. Les griffes sont alors placées dans un récipient garni de sable ou de terreau à peine humide, au frais, pendant 24 heures. Elles se réhydratent plus lentement, sans jamais baigner.
Une fois sorties du bol, elles ne s’égouttent pas longtemps. Il faut les planter dans la foulée, sans les laisser sécher à l’air libre.
Dans quel sens poser la griffe d’anémone ?
C’est la question qui embarrasse tout le monde, car la griffe ne ressemble à rien de connu. Elle évoque une petite étoile de mer desséchée, ou une patte d’oiseau, avec des branches irrégulières.

La règle est simple : les pointes vers le bas, le côté lisse et aplati vers le haut. Les pointes sont les anciennes racines, c’est par là que les nouvelles racines se développeront. Le dessus, lui, abrite les bourgeons discrets qui donneront les tiges.
En cas de doute, la griffe peut se poser sur le côté. Les tiges trouveront leur chemin vers la lumière, et les racines vers le bas : la plante rectifie seule sa position, au prix de quelques jours de retard.
À quelle profondeur planter, et dans quel sol ?
La profondeur idéale se situe autour de 5 cm, soit environ deux fois la hauteur de la griffe. Les tubercules s’espacent d’une dizaine de centimètres, de quoi laisser chaque touffe se déployer sans étouffer sa voisine.
Le sol compte plus que tout. Les anémones de Caen détestent les pieds dans l’eau en hiver : un terrain lourd et argileux se corrige avec du sable grossier ou du gravillon au fond du trou. Une exposition ensoleillée, ou mi-ombragée dans le Sud, leur convient parfaitement.
Dans les régions où le thermomètre descend sous -10 °C, un voile d’hivernage ou une couche de feuilles mortes protège les futurs bourgeons. En pot, un mélange de terreau et de sable, avec un fond drainant, permet de déplacer la jardinière à l’abri des gelées les plus dures.
Un arrosage léger après plantation suffit, puis on laisse la nature faire. Trop d’eau à ce stade provoque plus de dégâts que de sécheresse.
Que verra-t-on pousser, et quand ?
Il faut patienter. Les premières feuilles, finement découpées comme du persil et d’un vert bleuté, émergent au bout de quelques semaines. Les fleurs suivent : environ trois mois après une plantation d’automne, ou dix à douze semaines après une plantation de printemps.
La palette est une fête. Des pourpres profonds au velouté d’encre, des rouges écarlates, des roses poudrés, des blancs de porcelaine, souvent cernés d’un cœur sombre presque noir, entourés d’une collerette d’étamines. Les variétés doubles, aux pétales froissés, rappellent des pivoines miniatures. Le parfum, lui, reste discret : les anémones jouent surtout sur l’œil et sur la tenue en vase.
Côté bouquets, justement, elles se coupent lorsque le bouton est bien coloré mais encore fermé. Dans l’eau fraîche, elles s’ouvrent et se referment au rythme de la lumière, et tiennent environ une semaine. Un détail à savoir : les tiges continuent de s’allonger dans le vase, et s’inclinent volontiers vers la fenêtre.
Après la floraison, les griffes entrent en repos quand le feuillage jaunit, généralement début d’été. Elles peuvent être arrachées, séchées et conservées dans un endroit aéré, ou laissées en place dans un sol très drainant en région clémente.
Un dernier point : toutes les parties de l’anémone sont légèrement toxiques. Des gants suffisent pour manipuler les griffes, notamment si la peau est sensible.