Une bouture de rosier prélevée fin octobre met entre six et douze semaines à former ses premières racines, mais ne montrera ses premières feuilles qu’au printemps. C’est l’une des rares périodes où l’on peut multiplier un rosier sans serre, sans chauffage et sans hormone coûteuse, à condition de respecter quelques règles de base.
- Une bouture ligneuse se prélève de octobre à novembre, quand le bois a durci.
- Une tige de 6 à 8 mm de diamètre, saine et déjà fleurie, reprend le mieux.
- Les premières racines se forment en deux à trois mois, les feuilles apparaissent au printemps.
- Le taux de réussite amateur tourne autour de 50 à 70 %.
Le bon moment, la bonne tige
La fenêtre s’ouvre à la chute des feuilles, d’octobre à novembre, quand la sève ralentit et que le bois est mûr. On parle de bouture ligneuse, ou bouture de bois aoûté : la tige a durci et ne plie plus comme une brindille verte.
Le choix de la tige décide de presque tout.
Prenez une pousse de l’année, vigoureuse, de la grosseur d’un crayon (environ 6 à 8 mm de diamètre), qui a déjà fleuri et dont les fleurs sont fanées. Écartez les tiges grêles, tachetées de noir ou d’oïdium : une bouture malade ne guérit pas en terre. Les rosiers anciens, les rosiers buissons et beaucoup de rosiers paysagers reprennent bien, alors que les rosiers greffés, vendus en jardinerie, donneront un franc de pied, c’est-à-dire un rosier sur ses propres racines, plus rustique mais parfois moins régulier dans sa floraison que la plante mère.
Un point juridique mérite d’être connu : de nombreuses variétés récentes sont protégées par un certificat d’obtention végétale, et leur multiplication, même pour un usage commercial seulement, est interdite. Pour un jardin privé, la tolérance est large, mais la revente de boutures ne l’est pas.
Préparer la bouture, geste par geste
Munissez-vous d’un sécateur propre, désinfecté à l’alcool à brûler. Coupez un segment de 20 à 25 cm, avec au minimum quatre ou cinq nœuds, ces renflements d’où partent les feuilles et, plus tard, les racines.
La coupe du bas se fait en biseau, juste sous un nœud. Celle du haut est droite, à 1 cm environ au-dessus d’un autre nœud, ce qui permet de reconnaître le sens de la tige une fois en terre et d’éviter de la planter à l’envers.
Supprimez toutes les feuilles, sauf éventuellement la plus haute si elle est saine. Retirez aussi les épines du tiers inférieur, elles blessent les doigts pendant la plantation.
Un trempage de la base dans de l’hormone de bouturage en poudre augmente les chances de réussite, sans être obligatoire. Certains jardiniers utilisent du miel dilué ou de l’eau de saule, une pratique populaire dont l’efficacité n’est pas démontrée aussi nettement que celle des hormones du commerce.
Planter en pleine terre sans serre
Choisissez un coin du jardin abrité du vent dominant et du soleil direct de l’après-midi, par exemple le pied d’un mur orienté à l’est. Le sol doit être meuble et drainant : un excès d’eau pourrit la base de la tige avant qu’elle n’ait formé la moindre racine.
Creusez une tranchée d’une vingtaine de centimètres de profondeur. Tapissez le fond de 3 à 4 cm de sable grossier, qui draine et favorise l’enracinement, puis enfoncez les boutures aux deux tiers de leur longueur, avec deux nœuds seulement hors du sol.
Espacez-les de 15 à 20 cm. Rebouchez, tassez doucement avec le pied pour chasser les poches d’air, puis arrosez une seule fois, copieusement.
Une bouteille en plastique transparente coupée au fond, posée sur chaque tige, crée un mini-abri qui limite le dessèchement. Pensez à ôter le bouchon pour que l’air circule, sans quoi les champignons s’installent vite.
Pailler avec 5 cm de feuilles mortes ou de paillis de chanvre protège du gel les premières racines, car l’hiver fait plus de dégâts par les cycles de gel et dégel que par le froid lui-même.
Combien de temps avant l’enracinement
Rien ne se voit pendant des semaines. Sous terre, pourtant, un bourrelet de cicatrisation, le cal, se forme à la base de la tige dans les trois à six premières semaines, et c’est de lui que sortent les racines.
Il faut en général compter de deux à trois mois pour des racines suffisantes, parfois davantage si l’hiver est rude, car le sol froid ralentit tout. Le signe fiable arrive en mars ou avril : de petites feuilles apparaissent sur les nœuds hors du sol.
Ne déterrez jamais une bouture pour vérifier.
Le taux de réussite se situe souvent autour de 50 à 70 % pour un jardinier amateur sans équipement, ce qui explique le conseil de planter toujours plus de boutures que de rosiers désirés : une dizaine pour en obtenir trois ou quatre.
Pendant l’hiver, vérifiez simplement que la terre ne soit pas détrempée et replacez les tiges soulevées par le gel en les raffermissant du pied. Un arrosage n’est utile que lors d’un épisode sec prolongé, une fois toutes les deux ou trois semaines.
Après l’enracinement
Au printemps, pincez les premiers boutons floraux pour que l’énergie aille aux racines plutôt qu’à la fleur. Laissez les jeunes plants en place durant tout l’été, avec un arrosage régulier, environ un grand arrosoir par semaine en période sèche.
La transplantation définitive se fait l’automne suivant, à la motte, à l’endroit prévu, à raison d’environ un mètre de distance entre deux rosiers buissons. La première vraie floraison arrive dans la foulée, souvent la deuxième année après le prélèvement, et le rosier atteint son plein développement vers la troisième ou la quatrième.
Sources : rustica.fr