Les bulbes d’hiver forment deux familles : ceux qui fleurissent dehors de décembre à mars, comme le perce-neige, l’aconit d’hiver ou le cyclamen coum, et ceux qu’on force à la maison, jacinthes, narcisses ‘Paper White’ et amaryllis. Nous sommes le 10 octobre, la fenêtre de plantation vient de s’ouvrir. Les premiers se mettent en terre maintenant, les seconds entre octobre et mi-novembre selon l’espèce.
Un bulbe planté avant mi-novembre a le temps de s’enraciner avant les gels.
- Les bulbes de plein air se plantent en octobre, avant les gels.
- Une jacinthe forcée demande 10 à 12 semaines de froid avant la lumière.
- Un bulbe se plante à deux ou trois fois sa hauteur, pointe vers le haut.
Ce qui fleurit dehors quand tout dort
Le perce-neige ouvre le bal dès janvier, parfois fin décembre dans l’Ouest, avec des clochettes qui culminent à 10 ou 15 cm. Les bulbes secs vendus en sachet reprennent mal, car ils supportent mal de rester à l’air. Les jardiniers expérimentés préfèrent les touffes plantées en vert, déplantées juste après la floraison, en février ou mars. Un sol frais, à l’ombre légère d’un arbre caduc, leur convient mieux qu’un massif plein soleil.
L’espèce a ses fanatiques, les galanthophiles, pour qui une variété rare s’est déjà vendue plus de 1 000 livres sterling le bulbe aux enchères en ligne. La forme sauvage, Galanthus nivalis, reste disponible dans toutes les jardineries.
L’aconit d’hiver (Eranthis hyemalis) déploie ses coupes jaunes en février, posées sur une collerette verte. Son tubercule, minuscule et ridé, gagne à tremper 24 heures dans l’eau avant d’être enterré à 5 cm. Toute la plante est toxique, un point à garder en tête si des enfants ou des animaux fréquentent le jardin.
Le cyclamen coum fleurit de décembre à mars, à ras de terre, en rose vif ou en blanc, au-dessus d’un feuillage arrondi souvent marbré d’argent. Il supporte des gelées autour de -15 °C et se plante à plat, à 2 cm de profondeur, dans un sol drainant.
Crocus tommasinianus et Iris reticulata prennent le relais fin janvier. Le premier se naturalise en pelouse : ses fleurs lilas s’ouvrent dès que le soleil les réchauffe, et il faut attendre le jaunissement des feuilles avant la première tonte. Le second, haut de 10 à 15 cm, réclame un emplacement ensoleillé, un sol qui ne retient pas l’eau et un bulbe enterré à 8 ou 10 cm. Les deux se plantent en octobre.
Le placement change tout. Sous un arbre caduc, ces bulbes profitent de la lumière avant que le feuillage ne se déploie en avril, puis passent l’été en dormance à l’ombre sèche. Les planter par groupes d’une dizaine minimum, plutôt qu’en file indienne, donne un effet de tapis dès la deuxième année, et aconites comme perce-neige se ressèment seuls au pied de l’arbre.
Forcer des bulbes à l’intérieur, calendrier en main
Le forçage consiste à tromper un bulbe pour qu’il fleurisse hors saison, dans la maison. Les jacinthes réclament plusieurs semaines de froid, alors que les narcisses ‘Paper White’ et l’amaryllis n’en demandent aucune.
Pour la jacinthe, on achète des bulbes préparés, rangés dans l’obscurité entre 5 et 9 °C (cave, garage non chauffé, bac du réfrigérateur loin des pommes, dont l’éthylène abîme le bourgeon floral) pendant 10 à 12 semaines. Planté début octobre, un bulbe sort donc de sa cachette fin décembre. Les pousses mesurent alors 4 à 5 cm, et on les installe à la lumière dans une pièce fraîche, vers 15 à 18 °C. Des gants sont conseillés pendant la manipulation, car la sève de la jacinthe irrite la peau de certaines personnes.
Le narcisse ‘Paper White’ fleurit quatre à six semaines après la plantation.
On le pose sur un lit de billes d’argile ou de galets, la base du bulbe juste au-dessus de l’eau, sans la toucher, pour éviter la pourriture. Son parfum musqué est puissant, ce qui divise : certains adorent, d’autres ouvrent la fenêtre. Ses tiges ont tendance à s’affaisser, et des chercheurs de l’université Cornell ont montré qu’un arrosage avec une solution à 4 à 6 % d’alcool (vodka, gin) les raccourcit d’un tiers environ, sans abîmer les fleurs.
L’amaryllis (Hippeastrum) demande de six à huit semaines entre la plantation et la floraison. Pour des fleurs à Noël, il faut donc empoter le bulbe entre fin octobre et mi-novembre, dans un pot à peine plus large que lui, le tiers supérieur du bulbe hors du terreau.
Planter sans se tromper, et que faire après
Un bon bulbe est lourd, ferme sous le pouce, sans moisissure ni zone molle. Pour les jacinthes forcées, on vise un calibre d’au moins 16/17 cm de circonférence.
La règle générale veut qu’on enterre un bulbe à deux ou trois fois sa hauteur, pointe vers le haut. L’ennemi numéro un reste l’eau stagnante : un sol lourd se corrige avec une poignée de sable ou de gravillons au fond du trou. En pot, on prévoit des trous de drainage et on serre les bulbes sans qu’ils se touchent.
La technique dite de la lasagne superpose deux ou trois étages de bulbes dans un même contenant, les plus gros (narcisses) au fond, les plus petits (crocus, iris reticulata) à 5 cm sous la surface. Tout fleurit à la suite, de février à avril, dans un seul pot.
Après la floraison, les bulbes de plein air ont besoin de leurs feuilles, qui nourrissent le bulbe pour l’année suivante : on ne coupe rien avant le jaunissement complet, environ six semaines après les dernières fleurs. Jacinthes et amaryllis forcées peuvent être replantées au jardin ou gardées en pot, mais elles mettent souvent une ou deux saisons à refleurir. L’amaryllis repart si on la laisse au sec, à l’ombre, huit à dix semaines en fin d’été, avant de reprendre l’arrosage.
Les ‘Paper White’ forcés sont en général épuisés et finissent au compost.
Dernier point pour les jardins fréquentés par écureuils et mulots : ces rongeurs déterrent volontiers les crocus, alors qu’ils délaissent perce-neige et narcisses, toxiques. Un grillage fin posé sur la zone de plantation, retiré en février quand les pousses s’élèvent, protège les crocus sans gêner leur sortie.