Une bâche noire sous les graviers tient sa promesse sur un point : il y a moins d’herbes à arracher. Sur tout le reste, elle déçoit. Dans mon massif, les géraniums vivaces se sont affaiblis une touffe après l’autre, et le coupable n’était ni le gel ni une maladie, mais le plastique lui-même.
- La bâche noire agit comme un couvercle hermétique qui prive le sol d’oxygène et d’eau, stoppant la vie microbienne essentielle aux plantes.
- Les géraniums vivaces dépérissent car ils s’enracinent en s’étalant, ce que le plastique empêche complètement.
- Un paillage organique de 5 à 7 cm d’épaisseur nourrit le sol en se décomposant, contrairement aux bâches et graviers inertes.
Un couvercle posé sur la terre
Sous le plastique, le sol vit en apnée.
La bâche agit comme un couvercle hermétique : elle stoppe la photosynthèse, affaiblit les indésirables et limite l’évaporation. C’est ce qui explique son succès. Mais privé de circulation d’air, le sol étouffe peu à peu, alors que bactéries et champignons ont besoin d’oxygène pour transformer la matière organique en éléments assimilables par les plantes. La percolation naturelle disparaît, le tassement s’installe et les vers de terre désertent les zones couvertes trop longtemps.
Le gravier n’arrange rien. Inertes, les paillages minéraux n’apportent rien au sol, n’entretiennent pas sa fertilité et sont moins favorables à la faune qui y vit.
L’eau pose un second problème. Une bâche totalement imperméable asphyxie la terre en dessous et retient l’eau en surface. Sur un petit talus, des jardiniers constatent que les plantations du bas sont plus vigoureuses que celles du haut, car l’eau ruisselle sur le plastique et les plantes du haut ne sont presque pas arrosées.
Pourquoi les géraniums vivaces ont lâché en premiers
Le gravier n’est pas en cause. Geranium asphodeloides est recommandé pour les jardins de rocaille et de gravier, et Geranium cinereum pousse en plein soleil et résiste jusqu’à -15 °C, ce qui écarte l’hypothèse du froid. Reste le dessous : certains géraniums vivaces s’étalent en s’enracinant au fil de leur progression, et aucune toile, plastique ou géotextile, ne le permet. La touffe dépend alors de sa seule souche d’origine, plantée dans une poche de terre de plus en plus compacte. Pour couronner le tout, le paillage minéral est difficile à retirer une fois installé, ce qui explique qu’on ne regarde jamais ce qui se passe dessous avant que la situation soit grave.
Au bout d’un an ou deux, beaucoup de vivaces plantées sur toile meurent.
Les herbes, elles, reviennent quand même. Le vent d’été dépose des particules fines entre les gravillons, et cette poussière devient un terreau de surface où les graines germent très vite. Le jardinier Pierre Nachin rappelle que les graines de pissenlit, d’érable, de chardon ou de séneçon s’y déposeront toujours.
Reprendre le massif en octobre
Octobre convient bien pour reprendre la main : le sol garde de la chaleur et les pluies d’automne facilitent la reprise des vivaces divisées ou replantées. Il faut d’abord racler les graviers et les mettre de côté, puis retirer la bâche en entier. Les fragments de plastique se ramassent un par un, car ils ne seront jamais digérés par le sol.
Les touffes encore vivantes se divisent, les autres se remplacent.
Reste à pailler, mais avec de la matière organique. Un guide de jardinage juge inutile de poser un géotextile sous des copeaux si l’épaisseur est respectée, soit de l’ordre de 5 à 7 cm selon la pratique courante. En se décomposant, ce paillage nourrit la terre, ce que ni le plastique ni le gravier ne font.
Et si l’on tient absolument au gravier, la toile perméable n’est pas une solution miracle. Une lectrice d’un site de jardinage raconte avoir posé des galets blancs sur géotextile, et de nombreuses mauvaises herbes continuent de pousser, qu’elle doit enlever très régulièrement.
Sources : amenager-son-jardin.com | ncbi.nlm.nih.gov | masculin.com