Un pot de géranium en jardinerie, c’est entre 4 et 8 euros. Pour garnir une balconnière de taille standard, il en faut entre 6 et 12. Faites le calcul : chaque printemps, votre voisin repart à la jardinerie avec son caddie vide et en revient avec 60 euros de plantes, pour le même résultat qu’il avait l’année d’avant. Ce scénario se répète dans des millions de foyers français, saison après saison. Pourtant, deux techniques simples, le bouturage et l’hivernage, permettent de n’acheter ses géraniums qu’une seule fois dans sa vie.
À retenir
- Les jardineries préfèrent que vous ignoriez ce secret : pourquoi le renouvellement annuel est devenu la norme
- Une technique oubliée appelée autrefois ‘la bouture du pauvre’ avec 90% de réussite en seulement 3-4 semaines
- Deux méthodes d’hivernage qui transforment complètement la vitalité et la floraison de vos géraniums l’année suivante
Le secret que les jardineries préfèrent ne pas afficher
Le bouturage du géranium est si simple qu’il était autrefois appelé « la bouture du pauvre », car chacun pouvait multiplier ses plantes sans frais. Cette réputation s’est quelque peu perdue avec la démocratisation des grandes surfaces de jardinage, qui ont tout intérêt à ce qu’on revienne chaque mai avec le portefeuille ouvert. Le « géranium » des balcons est en réalité un pélargonium, plante originaire d’Afrique du Sud. Le vrai géranium est une vivace rustique différente, appelée bec-de-grue. Ce détail botanique n’est pas anodin : le pélargonium n’est pas rustique, il craint le gel, et c’est précisément pour ça que tant de gens le rachètent chaque année plutôt que de le conserver.
Extrêmement facile à bouturer par tige avec un taux de réussite de 90 %, il se multiplie au printemps ou en été en seulement 2 à 4 semaines. Ce chiffre est à rapporter à n’importe quelle autre technique de multiplication végétale : vous ne trouverez pas beaucoup de plantes aussi coopératives. Contrairement au semis, qui produit des plants aux caractéristiques aléatoires et nécessite plusieurs mois avant la première fleur, la bouture de tige génère un clone parfait du pied mère. : vous reproduisez exactement la couleur, le port et la vigueur qui vous ont séduit.
Bouturer en août : le geste qui change tout
C’est en été qu’il faut bouturer vos plus beaux géraniums. C’est une opération très facile à réaliser, qui vous permettra de reproduire à l’identique vos variétés préférées, sous la forme de nouveaux pieds pleins de vigueur. Le matériel nécessaire ? Un sécateur propre, un pot, du terreau. Rien d’autre.
La technique elle-même tient en quelques gestes précis. Chaque tige destinée au bouturage doit mesurer entre 7 et 20 cm de longueur et porter 3 à 5 feuilles. Il est préférable de choisir des pousses fraîches, non ligneuses, situées de préférence au sommet de la plante. La coupe s’effectue juste en dessous d’un nœud, point d’insertion d’une feuille sur la tige, car cette zone concentre les hormones naturelles favorisant l’enracinement. Ensuite, il suffit de retirer les feuilles du nœud ainsi que les grandes feuilles basses pour limiter l’évaporation. Tous les boutons floraux présents sur la tige doivent être supprimés pour concentrer l’énergie sur la formation des racines.
L’utilisation d’une hormone de bouturage pour favoriser la formation du cal et l’enracinement est possible, cela peut permettre un gain de temps, mais le bouturage fonctionne très bien sans. Une cave à poudres mystérieuses n’est donc pas nécessaire. Les godets devront être placés à la mi-ombre, et pas au soleil direct qui les dessécherait trop rapidement. Veillez à leur apporter un arrosage régulier ; un engrais liquide n’est pas nécessaire à ce stade de développement. Trois à quatre semaines plus tard, les racines sont formées et les jeunes plants sont prêts pour l’hiver.
Le bouturage est une méthode respectueuse de l’environnement. Elle évite l’achat exogène et la production industrielle de jeunes plants, limitant ainsi l’impact écologique associé au transport et à l’emballage. Bonus non négligeable pour Les jardiniers qui regardent aussi au-delà de leur balcon.
Hiverner plutôt que jeter : deux méthodes qui fonctionnent
Si le bouturage convient mieux aux petits espaces et aux amateurs de précision, l’hivernage de la plante entière est la solution la plus directe pour ceux qui ont de la place. Il est tout à fait possible de garder ses géraniums d’une année sur l’autre, et ce de deux manières différentes : soit en les hivernant dans un endroit chauffé entre 8 et 15 °C, soit en les bouturant au printemps ou à l’été.
Pour l’hivernage classique, le protocole est simple. Le géranium demande un peu d’entretien, nettoyage et taille, avant son hivernage afin qu’aucun parasite ne vienne le mettre en danger durant cette phase de repos. Rabattez les tiges à une dizaine de centimètres. Supprimez les bois morts, les tiges abîmées et toutes les parties fanées. Pour un hivernage réussi, offrez-leur un local sec, aéré et maintenu entre 7 °C et 12 °C. Il pourra s’agir d’une véranda, d’une serre, mais également d’un garage ou d’une cave tant que la lumière naturelle pénétrera le lieu.
Il existe aussi une méthode plus radicale, souvent pratiquée par les jardiniers-experimentes-gardent-precieusement »>jardiniers des générations précédentes : l’hivernage en racines nues. Coupez les tiges à environ 10 ou 15 cm de la base et supprimez toutes les feuilles et fleurs restantes pour éviter la pourriture. Laissez sécher les plants à l’air libre pendant 24 heures pour que l’humidité de surface s’évapore. Enveloppez chaque pied individuellement dans du papier journal ou placez-les tête en bas dans un sac en papier kraft. Cette technique, qui paraît brutale, repose sur la capacité des tiges charnues de pélargoniums à stocker leurs réserves pendant plusieurs mois sans terreau ni arrosage.
Au retour du printemps, au mois de mars ou avril, la plante doit quitter son abri d’hivernage (en général une cave ou un grenier) et être taillée afin de former de nouvelles pousses vigoureuses. C’est à ce moment-là que les géraniums doivent être plantés dans leur jardinière. Les tiges prélevées lors de cette taille de printemps peuvent, elles aussi, partir en bouturage : en taillant ainsi les pélargoniums, vous vous retrouvez avec des tiges saines que vous pouvez repiquer pour faire des boutures de géranium. C’est l’occasion de les donner à des amis ou de les garder pour multiplier vos plants.
La vraie économie, chiffrée
Un pied mère unique, correctement hiverné ou bouturé chaque été, peut théoriquement garnir plusieurs jardinières sur une durée indéfinie. Quiconque a cultivé une fois un géranium n’aura plus besoin d’en acheter d’autres les années suivantes. Ce qui frappe, c’est moins la somme économisée que l’absurdité du cycle dans lequel tombent tant de jardiniers : acheter des plantes issues de variétés industrielles standardisées, souvent moins vigoureuses que des pieds conservés et sélectionnés d’une année sur l’autre par leurs propres soins.
Conserver ses géraniums d’une année sur l’autre les rend souvent plus robustes et florifères, à condition de respecter leur repos hivernal. Un pied qui a traversé plusieurs hivers, taillé, bouturé, rempoté, connaît sa jardinière. Ses racines ont eu le temps de s’installer. Sa floraison, en mai, n’attend pas que la plante s’acclimate : elle repart de là où elle s’était arrêtée en octobre. C’est ce que votre voisin n’a pas encore compris, et que ses plants fraîchement achetés mettront plusieurs semaines à rattraper.
Source : jardinerfacile.fr