Un rejet qui sort sous le bourrelet de greffe, dont les feuilles comptent sept folioles au lieu de cinq et dont les tiges sont couvertes d’épines crochues : c’est un gourmand de porte-greffe, aussi appelé drageon sauvage. Il ne produira jamais la fleur de votre rosier. Et plus vous tardez, plus il prend de force à la variété que vous avez choisie.
- Un gourmand naît sous le point de greffe et ne donnera jamais la fleur de la variété.
- Il se reconnaît à sept folioles par feuille et à des épines plus nombreuses et recourbées.
- Il faut l’arracher avec son talon de racine, jamais le couper au ras du sol.
Le reconnaître avant qu’il ne prenne le dessus
La greffe du rosier consiste à poser un œil de variété cultivée sur un porte-greffe robuste. En France, les pépiniéristes utilisent surtout des églantiers comme Rosa canina ou Rosa laxa, ainsi que Rosa multiflora pour certaines productions. Le point de greffe se repère à la base de la tige, sous la forme d’un renflement noueux situé juste au-dessus ou au niveau du sol.
Tout ce qui jaillit sous ce renflement appartient au porte-greffe.
Les indices sont nets quand on sait où regarder. Le feuillage d’un gourmand est souvent plus clair, plus mat, avec des folioles plus allongées et plus nombreuses, généralement sept, là où la plupart des rosiers greffés en portent trois à cinq. La tige est plus fine et plus verte, et les épines sont plus nombreuses et recourbées. Au printemps, il démarre souvent avant le reste de la plante, avec une vigueur presque suspecte.
Attention toutefois à une confusion fréquente : les rejets de la variété qui partent au-dessus du point de greffe, eux, sont légitimes. Ils donneront des fleurs conformes à l’étiquette. Pour trancher, suivez la tige du regard jusqu’à sa base : si elle naît sous le bourrelet, ou directement d’une racine à distance du pied, c’est un gourmand.
Le piège s’aggrave avec les rosiers plantés trop profond. Quand le point de greffe est enterré, les gourmands émergent à quelques centimètres du pied et passent facilement pour des branches normales. Dégagez la terre à la main sur 5 à 10 cm pour vérifier leur origine.
Pourquoi il épuise votre rosier
Le porte-greffe a, par nature, un système racinaire plus puissant que la variété qu’il supporte. Il pousse donc plus vite, et chaque gourmand laissé en place détourne une partie de la sève du rosier cultivé. Les rameaux greffés s’affaiblissent, les floraisons raréfient, puis la variété finit par disparaître au profit de l’églantier.
Le processus est lent. Il faut parfois trois à cinq ans pour qu’un rosier de jardin « retourne » à l’état sauvage, avec ses petites fleurs simples roses ou blanches, ses cynorrhodons et sa croissance envahissante. Beaucoup de jardiniers découvrent alors que leur rosier ancien à fleurs doubles n’est plus qu’un buisson d’églantier.
Les rosiers sur racines propres, c’est-à-dire non greffés, ne connaissent pas ce problème, et ceux qui rejettent du pied reproduisent alors la variété. Vérifiez sur l’étiquette d’origine ou auprès du vendeur si vous avez un doute. Beaucoup de rosiers anglais et de rosiers paysagers vendus en conteneur sont greffés, ce qui explique la fréquence du phénomène.
L’arracher pour de bon : la méthode qui évite le retour
Couper le gourmand au ras du sol est la pire des solutions. Le moignon laissé en place porte des bourgeons dormants qui repartent en grappe, parfois deux ou trois tiges à la place d’une seule. Le geste correct est l’arrachage, avec le petit talon de racine qui l’accompagne.
Voici la méthode, à appliquer de préférence en période de repos de végétation ou après une pluie, quand le sol est souple :
- dégager la terre à la main ou à la binette jusqu’au point d’insertion du gourmand sur la racine ;
- saisir la tige avec des gants épais et tirer d’un coup sec vers le bas, de façon à arracher le bourgeon d’attache et non à le sectionner ;
- à défaut, trancher net au ras de la racine-mère avec un sécateur désinfecté, sans laisser de moignon ;
- reboucher et tasser légèrement la terre.
Un bon arrachage laisse une petite cicatrice nette sur la racine, et rien d’autre.
Si la racine d’origine est lointaine, suivez-la en creusant avec précaution. Les drageons de Rosa multiflora ou d’églantier peuvent surgir à un mètre du pied, ce qui est typique des sols meubles. Une coupe dans le feuillage n’y changera rien, seule la racine d’origine compte.
Les produits désherbants sont à proscrire : la sève circule entre porte-greffe et variété, et un traitement appliqué sur un gourmand peut intoxiquer tout le rosier. Évitez aussi de peindre les plaies avec du glyphosate, une idée qui circule encore dans certains forums et qui détruit parfois la plante entière.
Prévenir plutôt que guérir
Le meilleur moment pour surveiller les gourmands est le printemps, quand la sève monte, puis une seconde fois en septembre. Une inspection de cinq minutes par rosier suffit, genoux au sol, en écartant les feuilles de la base. Plus le gourmand est jeune, plus il s’arrache facilement : à 20 cm, il cède souvent à la main, alors qu’à 1,50 m il faut parfois sortir la bêche.
À la plantation, la règle habituelle recommande de placer le point de greffe à environ 2 à 3 cm sous la surface du sol en région froide, et au niveau du sol en climat doux. Un enfouissement trop profond complique ensuite le repérage, et un paillage épais le cache plus encore. Un paillis de 5 cm reste suffisant, à écarter ponctuellement pour l’inspection.
Un dernier point que peu de jardiniers connaissent : les tailles sévères et les blessures racinaires, par exemple lors d’un bêchage trop près du pied, stimulent l’émission de drageons. Mieux vaut griffer légèrement la surface que retourner la terre autour d’un rosier greffé.