Le bleu est la couleur la plus rare du monde végétal : sur les quelque 280 000 espèces de plantes à fleurs recensées, moins de 10 % arborent une corolle bleue. Aucune ne produit de pigment bleu à proprement parler, elles trichent avec la chimie.
- Moins de 10 % des plantes à fleurs ont une corolle bleue.
- Aucune espèce ne produit de pigment bleu à proprement parler.
- Un sol acide riche en aluminium fait virer l’hortensia au bleu.
Pourquoi le bleu est si difficile à fabriquer
Les plantes disposent d’un pigment de base, l’anthocyane, qui vire au rouge en milieu acide et au bleu en milieu plus alcalin. Pour obtenir un bleu stable, la cellule doit combiner l’anthocyane avec des métaux (fer, magnésium, aluminium) et des molécules d’accompagnement appelées copigments. La recette est complexe, et rares sont les espèces qui l’ont mise au point.
Les hortensias en offrent la démonstration la plus accessible. Le même cultivar donne des fleurs roses ou bleues selon la présence d’aluminium assimilable dans le sol, qui dépend lui-même du pH.
Pour virer au bleu, visez un pH autour de 5 à 5,5, avec un arrosage à l’eau de pluie et un apport de sulfate d’aluminium en fin d’hiver. En terre calcaire, le rose l’emporte presque toujours.
La rose bleue, elle, n’existe pas naturellement : il manque aux rosiers le gène de la delphinidine. Une variété transgénique a été commercialisée au Japon au début des années 2000, mais ses pétales restent d’un mauve assez pâle.
Les valeurs sûres pour un jardin bleu
Au printemps, les myosotis, les bugles rampants et les scilles de Sibérie ouvrent le bal dès mars. Les muscaris suivent, avec leurs grappes serrées d’un bleu presque électrique, et se naturalisent sans effort sous les arbustes.
Les delphiniums dominent le début d’été. Leurs hampes montent à 1,5 mètre ou plus, et elles réclament un tuteurage ainsi qu’une chasse aux limaces, très friandes des jeunes pousses.
La lavande et la sauge farineuse, plus rustiques, supportent la sécheresse et attirent les abeilles. La nepeta (ou herbe aux chats) fleurit de mai à septembre si on la rabat de moitié après la première floraison, ce qui déclenche une seconde vague.
Côté vivaces, l’agapanthe tient les bordures du Sud et de l’Ouest, mais redoute les gels durables sous -10 °C dans la plupart des variétés. Le géranium vivace « Rozanne » (Geranium hybride) mérite sa réputation : il fleurit de juin aux gelées sans interruption.
Les annuelles ne sont pas en reste. Le bleuet des champs, jadis omniprésent dans les moissons, a vu ses populations s’effondrer avec les herbicides, et il se ressème facilement quand on le sème à l’automne.
Le bleu pose un problème d’optique
Ce que l’œil perçoit comme du bleu varie fortement avec la lumière. En plein soleil de midi, les tons froids paraissent délavés ; à l’aube ou au crépuscule, ils gagnent en profondeur. Les jardins de cette teinte gagnent donc à être plantés dans des zones mi-ombragées ou observées en fin de journée.
Le bleu a aussi un effet de recul. Placé au fond d’un massif, il donne de la profondeur à un petit jardin, alors qu’une masse rouge au même endroit ramènerait la perspective vers l’observateur.
Les associations fonctionnent par contraste. Un bleu profond ressort contre du jaune soutenu (rudbeckia, achillée), du blanc pur ou du orange cuivré. Les harmonies bleu-violet-rose, plus douces, conviennent aux jardins de style cottage.
En bouquet et en pot
Les fleurs coupées bleues sont rares chez le fleuriste, ce qui explique leur prix. Les delphiniums, les hortensias et les chardons bleus (Echinops) tiennent bien en vase, et les deux derniers se prêtent même au séchage.
Une précaution s’impose : certains « bleus » du commerce sont teints. Les orchidées d’un bleu électrique en jardinerie ont été injectées de colorant, et la génération suivante de fleurs reviendra au blanc.
En pot, la sauge bleue, le plumbago et le lobélia retombant fonctionnent bien. Ce dernier supporte mal la chaleur sèche et demande un arrosage régulier tout l’été.
Dernier détail pour les curieux : le pavot bleu de l’Himalaya (Meconopsis) est le Graal des jardiniers, mais il exige un sol acide, frais et un climat humide, proche de l’Écosse ou de la Bretagne intérieure.