Mon voisin retire toujours deux fleurs sur trois de ses bégonias en jardinière et ce n’est pas du gâchis : regardez la taille de celles qui restent en août

Votre voisin n’a rien d’un jardinier négligent. Ce geste répété, arracher deux fleurs sur trois de ses bégonias en jardinière, porte même un nom chez les horticulteurs : le désébourgeonnage. Et le résultat, en plein mois d’août, parle de lui-même : des corolles doubles, spectaculaires, largement plus grosses que celles obtenues sans intervention. Cette pratique concerne spécifiquement les bégonias tubéreux (Begonia x tuberhybrida), ces variétés à grosses fleurs qui garnissent balcons et terrasses tout l’été.

À retenir

  • Pourquoi retirer délibérément les boutons floraux ? Une raison botanique étonnante que les horticulteurs connaissent depuis des décennies
  • Comment distinguer en quelques secondes les fleurs destinées à disparaître des fleurs à chérir
  • Le mois d’août révèle l’écart spectaculaire entre une jardinière ébourgeonnée et une autre laissée au hasard

Un trio de fleurs, une seule vraiment spectaculaire

Pour comprendre le geste, il faut d’abord connaître l’anatomie particulière de cette plante. Les bégonias tubéreux sont monoïques, ce qui signifie qu’ils portent à la fois des fleurs mâles et femelles sur le même plant, produites en grappes de trois, avec deux petites fleurs femelles à côté de la fleur mâle, plus grande et généralement double. Concrètement, chaque bouquet floral se compose d’une fleur centrale flamboyante, souvent aussi fournie qu’une rose, encadrée de deux petites fleurs simples, plus discrètes, à quatre pétales.

La botanique explique tout. Il faut pincer et éliminer les fleurs femelles simples pour ne garder que les mâles doubles, et éviter ainsi que la plante ne s’épuise à faire des graines. Car ce sont justement ces petites fleurs femelles qui, une fois fécondées, entament la formation de graines, un processus qui pompe une énergie considérable au détriment du reste de la floraison. Les bégonias tubéreux font pousser leurs fleurs en grappes de trois, deux femelles et un mâle, la femelle étant petite, avec seulement quatre pétales, tandis que le mâle est grand et vibrant, parfois avec plusieurs rangées de pétales froissés.

Comment reconnaître la fleur à sacrifier

Rien de sorcier pour distinguer les deux sexes, une fois qu’on sait où regarder. La technique consiste à augmenter la taille des fleurs en retirant les fleurs femelles, ces fleurs simples reconnaissables à leur petite gousse trilobée juste en dessous. C’est ce petit renflement triangulaire, embryon du futur fruit, qui trahit la fleur femelle. La fleur mâle, elle, n’en possède pas : elle se contente d’être belle, sans arrière-pensée reproductive.

Le moment idéal pour agir se situe bien avant l’épanouissement. Il suffit de retirer délicatement les deux petits bourgeons femelles avant qu’ils ne fleurissent, ce qui pousse la plante à concentrer toute son énergie dans la fleur mâle complète, qui sera bien plus vive et magnifique. Une paire de petits ciseaux pointus, comme des ciseaux à broder, suffit amplement, précisent plusieurs guides spécialisés nord-américains. L’opération prend quelques secondes par tige, mais répétée sur toute une jardinière, elle change radicalement l’allure de la plante en quelques semaines.

Il y a un petit hic, avouons-le : les fleurs femelles ne sont pas laides. Elles ont même un charme discret, presque sauvage, comparé à l’exubérance un peu tape-à-l’œil des fleurs mâles doubles. C’est plus difficile émotionnellement pour le jardinier de retirer les fleurs femelles avant qu’elles ne s’ouvrent, car elles sont plutôt jolies à leur manière, et donc plus dures à sacrifier une fois épanouies. D’où l’intérêt d’agir tôt, au stade bouton, avant de s’attacher visuellement à ces petites fleurs vouées à disparaître de toute façon.

Pourquoi ce geste porte ses fruits en plein été

Le mois d’août marque justement le pic de cette stratégie de taille. Les bégonias tubéreux atteignent leur pleine maturité végétative après plusieurs semaines de croissance depuis la plantation printanière, et c’est précisément à ce stade que la différence entre une plante désébourgeonnée et une plante laissée à elle-même devient flagrante. Chaque bégonia tubéreux produit à la fois des fleurs mâles et femelles, les fleurs mâles étant plus grandes et plus spectaculaires, et retirer les petites fleurs femelles dirige l’énergie de la plante vers la production de fleurs mâles plus impressionnantes. Le bénéfice ne se limite d’ailleurs pas à la taille des corolles. Les plantes et les fleurs seront toutes deux plus grandes et la saison de floraison souvent prolongée, un avantage particulièrement important pour les plantes en pot.

Attention toutefois, cette méthode ne s’applique pas à toutes les variétés de bégonias sans distinction. Certaines variétés, comme celles utilisées en suspensions, sont cultivées pour la quantité de fleurs plutôt que pour leur taille, et ne doivent pas être ébourgeonnées : elles resteront touffues et porteront de nombreuses petites fleurs, surtout si les extrémités des tiges sont pincées en mai ou début juin. avant d’imiter votre voisin, jetez un œil à l’étiquette de vos tubercules : les variétés retombantes de type pendula misent sur l’abondance, pas sur le gigantisme individuel de chaque fleur.

Un dernier détail mérite d’être signalé pour les jardiniers minutieux : cette opération ne se limite pas à un simple geste esthétique. Elle prolonge aussi la durée de floraison. En empêchant la formation de graines, énergivore pour la plante, on retarde l’épuisement naturel qui survient généralement en fin de saison chez les bégonias non ébourgeonnés. De quoi profiter de jardinières flamboyantes jusqu’aux premières gelées, là où les plantes livrées à elles-mêmes commencent souvent à s’essouffler dès la mi-septembre.

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