Ma grand-mère ne touchait plus jamais à son lilas après juillet et ce n’est pas de la négligence : regardez le nombre de grappes qu’elle avait en mai

Chaque année, à la même date, ma grand-mère rangeait son sécateur et n’y touchait plus jusqu’au printemps suivant. Ce n’était pas de la fainéantise, ni un oubli de vieille dame débordée par son potager. C’était une règle qu’elle appliquait avec la rigueur d’une horloge suisse, et le résultat sautait aux yeux chaque mois de mai : un lilas couvert de grappes mauves du sol jusqu’au faîte, quand celui du voisin d’à côté, taillé n’importe quand, se contentait de quelques bouquets timides en haut des branches.

À retenir

  • Votre lilas prépare ses fleurs un an à l’avance, mais vous le taillez peut-être au moment où il construit ses bourgeons de printemps
  • Il existe une fenêtre de quatre à six semaines après la floraison pour tailler sans détruire les futures fleurs
  • Le pire ennemi du lilas : la taille d’automne qui semble logique au jardinier mais catastrophique pour la plante

Un arbuste qui prépare son printemps un an à l’avance

Le secret tient à la biologie même de la plante. Le lilas prépare ses futurs boutons floraux dès l’été, sur le bois de l’année précédente, ce qui a des conséquences très concrètes : tailler en automne ou en hiver, c’est supprimer d’un coup les fleurs du printemps suivant. les grappes que vous admirerez en mai prochain se construisent, invisibles, dès les semaines qui suivent la floraison actuelle.

Ce mécanisme change tout dans la façon d’aborder l’entretien. Le lilas fleurit sur le bois de l’année précédente, et si vous taillez en automne ou en hiver, vous risquez de couper les bourgeons déjà formés pour le printemps suivant. Contrairement à un rosier remontant ou à certains arbustes fruitiers qui pardonnent une coupe tardive, le lilas ne laisse aucune marge d’erreur une fois l’été avancé. Contrairement aux rosiers ou aux arbres fruitiers, le lilas produit ses bourgeons sur le bois de l’année précédente – une nuance que beaucoup de jardiniers découvrent à leurs dépens, la mauvaise année.

La fenêtre de tir : quatre à six semaines, pas un jour de plus

Ma grand-mère avait intégré, sans avoir jamais lu un manuel d’horticulture, ce que confirment aujourd’hui tous les spécialistes : la fenêtre idéale se situe entre fin mai et début juillet, juste après la floraison, quand les panicules commencent à sécher et à brunir, et on dispose en général de quatre à six semaines pour intervenir sans risque. Passé ce délai, la plante a déjà lancé la construction de ses futures fleurs, et chaque coup de sécateur devient une amputation.

Le geste en lui-même reste simple. La suppression des fleurs fanées est le geste le plus utile qu’on puisse faire sur un lilas après la floraison, l’objectif étant d’empêcher la plante de gaspiller son énergie à former des graines et de l’orienter vers la constitution de ses futures tiges fleuries. On coupe net, juste au-dessus d’une paire de feuilles bien développée, sans s’acharner trop court pour ne pas emporter les bourgeons latéraux déjà en formation.

Pour un lilas encore jeune, l’intervention se limite souvent à ce nettoyage des fleurs mortes. Dans le cas d’un jeune lilas, il suffit souvent de couper les fleurs mortes vers fin mai-juin, jusqu’à la première branche latérale. Les sujets plus âgés, eux, tolèrent une taille plus structurante à la même période, histoire d’aérer la silhouette et de limiter la hauteur, qui peut vite devenir impressionnante.

Le piège de l’automne et de l’hiver

C’est là que beaucoup de jardiniers amateurs se trompent, souvent par bon sens apparent : on range le jardin en automne, on égalise les arbustes avant l’hiver, et on s’attaque au lilas sans se méfier. Erreur fatale. Il ne faut pas tailler à la fin de l’été, entre mi-juillet et mi-septembre, ni en automne, car la plante est alors au milieu de sa période de croissance et il ne faut pas couper les nouvelles pousses. Résultat d’une taille au mauvais moment : un arbuste qui reverdit sagement au printemps, mais sans la moindre grappe parfumée.

La confusion vient parfois d’un nom qui trompe. Le lilas des Indes, très prisé pour ses massifs colorés en fin d’été, n’a rien à voir botaniquement avec le lilas commun. Le lilas des Indes se taille lui en mars, avant le démarrage de la végétation, car il s’agit d’une plante d’une toute autre famille, qui fleurit sur le bois de l’année. Si vous appliquez le calendrier du Syringa vulgaris à un Lagerstroemia, vous obtiendrez l’inverse de l’effet recherché – et vice versa.

Quant aux lilas vieillissants, dégarnis ou devenus trop hauts, une taille radicale reste possible, mais elle a un prix. Pour un Syringa très vieux ou complètement dégarni, on peut pratiquer un recépage complet en rabattant toutes les charpentières à 30-40 cm du terrain juste après la floraison ; le sujet ne fleurira pas la saison suivante mais repartira vigoureusement de la base, et l’épanouissement floral reprendra généralement la troisième saison après le recépage. Un sacrifice temporaire, pour un arbuste qui repartira ensuite de plus belle.

Il existe une exception que peu de gens connaissent : certaines variétés de lilas dites remontantes offrent une seconde vague de fleurs en fin d’été. Dans ce cas précis, mieux vaut alléger la main : on retire seulement les grappes fanées de la première floraison, sans raccourcir le bois qui vient tout juste de fleurir, sous peine de compromettre à la fois la seconde vague et celle de l’année suivante. Ma grand-mère n’avait pas ce genre de lilas dans son jardin, mais elle aurait sans doute adapté sa règle sans hésiter : chez elle, le sécateur obéissait toujours au calendrier de la plante, jamais à celui du jardinier pressé.

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