On s’obstine tous à couper au sécateur les pousses qui montent sous le point de greffe, alors que ce geste bien plus brutal est le seul qui les empêche de revenir

Chaque printemps, le même rituel se répète au pied des rosiers, des pommiers ou des lilas greffés : une pousse verte, vigoureuse, surgit sous le bourrelet de greffe. Réflexe immédiat, sécateur en main, on la coupe à ras. Erreur. Ce geste, presque unanimement pratiqué, ne fait que réveiller la plante et l’inciter à repartir de plus belle. La véritable solution, plus radicale mais bien plus efficace, consiste à arracher la pousse plutôt qu’à la couper.

À retenir

  • Le sécateur stimule biologiquement les bourgeons dormants et provoque des repousses encore plus vigoureuses
  • L’arrachage manuel détruit le bourgeon latent et laisse une plaie que la plante cicatrise sans redémarrer
  • Attention à ne pas confondre rejets nuisibles et gourmands utiles : leurs positions et leurs feuilles les distinguent

Pourquoi le sécateur entretient le problème au lieu de le régler

Ces tiges parasites portent plusieurs noms selon les jardiniers : rejets, gourmands, sauvageons ou drageons. Toutes désignent la même réalité biologique. Le sauvageon est un rejet qui peut apparaître sous le point de greffe au niveau du pied de la plante, et correspond à des repousses du porte-greffe à partir du collet ou des racines. ce n’est pas votre rosier ou votre pommier préféré qui pousse là, mais la plante sauvage sur laquelle il a été greffé, celle qu’on a choisie uniquement pour sa robustesse.

Le problème, c’est que cette plante sauvage est presque toujours plus costaude que la variété greffée. Le porte-greffe, plus vigoureux que la variété du rosier greffé, va avoir tendance à produire des rejets, et s’ils ne sont pas supprimés, ils vont se développer au détriment du greffon, de moindre vitalité. Un jardinier du forum aujardin.org résume la mécanique en une phrase limpide : les gourmands poussent à partir du porte greffe et il faut donc les supprimer, car un rosier tige est greffé en haut d’une tige d’églantier, tout ce qui pousse au pied ou sur cette tige, c’est donc de l’églantier.

Voilà où le sécateur trahit sa mauvaise réputation. Couper une tige au ras du sol laisse intact le bourgeon dormant situé juste en dessous de la coupe, celui-là même qui a donné naissance à la pousse. Or, une taille agit biologiquement comme un signal de stimulation : elle lève la dominance apicale et pousse les bourgeons voisins à démarrer en force. Résultat ? Au lieu d’une tige, on en récolte parfois deux ou trois la saison suivante. Un spécialiste du figuier le formule sans détour : une coupe mal réalisée favorise les infections et encourage les repousses encore plus vigoureuses. Même son de cloche du côté des drageons d’arbres fruitiers, où l’on observe que arracher tue plus souvent le bourgeon à l’origine du drageon que la taille avec un sécateur, et si on le coupe, surtout au-dessus du sol, souvent il repoussera.

Arracher : le geste qui prive la pousse de sa source

La différence tient à un détail anatomique. Un rejet naît toujours d’un bourgeon latent logé dans l’écorce, au niveau du collet ou d’une racine superficielle. Ce bourgeon reste vivant tant qu’on se contente de sectionner la tige au-dessus de lui. En revanche, un arrachage énergique, réalisé d’un coup sec vers le bas ou latéralement, déchire ce bourgeon avec la tige et laisse une plaie irrégulière que la plante cicatrise sans redémarrer au même endroit. C’est exactement la logique que suivent les spécialistes des rosiers : une fois le rejet identifié, il est préférable de l’arracher à la main, le plus près possible de sa base, car le porte-greffe, un rosier sauvage, prend souvent le dessus et rafle toute la sève, au détriment de la variété greffée qui s’affaiblit, fleurit de moins en moins et finit par disparaître.

Quand le rejet provient directement d’une racine plutôt que du collet, un peu de terrassement s’impose avant le geste final. La méthode consiste à dégager la terre pour repérer le point d’attache exact, puis à séparer la pousse au plus près de la racine mère. Il peut arriver que le rejet prenne naissance sur une racine, il faut alors dégager cette racine et supprimer le rejet en coupant la racine elle-même. Sur les fruitiers greffés, le principe reste identique, et pour un drageon issu d’une racine, on peut dégager légèrement la terre pour couper aussi près que possible de la racine mère, l’idée étant toujours d’atteindre le point d’origine plutôt que de trancher en surface.

Ne pas confondre rejet et repousse utile

Attention à ne pas jouer les bourreaux sur tout ce qui pousse au ras du sol. Une confusion fréquente mérite d’être clarifiée avant de sortir la binette. Il ne faut pas confondre sauvageons et « gourmands », ces derniers étant toujours émis au-dessus du point de greffe contrairement aux premiers qui sont toujours situés sous le point de greffe. Une pousse vigoureuse qui démarre juste au-dessus du bourrelet de greffe n’est pas une menace : c’est votre variété qui rajeunit sa propre charpente. Certains passionnés vont même plus loin, expliquant qu’une nouvelle pousse très vigoureuse à la base d’une ancienne charpentière est un rameau issu d’un bourgeon latent de la partie greffée du rosier, à préserver précieusement.

Pour trancher facilement, fiez-vous à l’aspect du feuillage. Les rejets sont généralement plus clairs et plus épineux que les tiges de la variété greffée. Sur les rosiers, le porte-greffe le plus répandu produit des feuilles à sept folioles bien distinctes de la variété noble, avec des entre-nœuds allongés qui trahissent une croissance anarchique plutôt qu’une floraison programmée.

Un dernier point mérite d’être signalé, car il change la donne selon les espèces : tous les drageons ne sont pas des ennemis à éliminer systématiquement. Sur une plante non greffée, un drageon reste un clone parfait du pied mère et peut même servir à multiplier gratuitement lilas, forsythias ou noisetiers, sans affaiblir la plante d’origine. C’est uniquement la présence d’un point de greffe qui transforme cette repousse anodine en rival à neutraliser à la racine, littéralement.

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