Pendant des étés entiers, j’ai été convaincu de faire ce qu’il fallait. Arroser le soir mes géraniums en pot, après la chaleur du jour, pour protéger leurs feuilles des brûlures. La logique semblait imparable. Résultat ? Trois pots de géraniums en moins en deux saisons, des tiges qui ramollissaient à la base, des fleurs qui noircissaient avant même de s’ouvrir. C’est lors d’une visite chez un maraîcher de ma région que tout s’est éclairé, en l’espace de cinq minutes.
À retenir
- La nuit, les plantes ne photosynthétisent plus et n’absorbent pas l’eau versée dans le pot
- L’eau stagnante nocturne crée les conditions idéales pour le champignon Botrytis cinerea, qui détruit les géraniums
- Un arrosage matinal synchronisé avec le métabolisme actif de la plante élimine pourriture et maladies
Ce que la plante fait (ou ne fait pas) pendant la nuit
Au cours de la journée, la photosynthèse est le processus dominant dans les cellules végétales. La nuit, ou en l’absence de lumière, elle cesse complètement. Ce n’est pas anodin pour comprendre l’arrosage : une plante qui ne photosynthétise plus n’a plus besoin d’eau de la même façon. La nuit, son métabolisme ralentit, limitant ainsi sa capacité d’absorption. Concrètement, l’eau que vous versez dans le pot à 21h ne sera pas consommée avant le lendemain matin, au mieux.
Les racines restent dans un sol détrempé, et ce surplus d’eau favorise la pourriture racinaire. Les plantes, surtout en période de dormance la nuit, n’absorbent pas toute cette eau ; le résultat, ce sont des racines asphyxiées et des plantes qui dépérissent sans raison apparente. Le maraîcher m’a expliqué ça avec une métaphore parlante : mettre les pieds d’une plante dans une flaque froide toute la nuit alors qu’elle dort. Le substrat gorgé d’eau prive les racines d’oxygène. C’est aussi parce que les racines assurent une partie de la respiration qu’un sol gorgé d’eau (dans lequel il n’y a donc pas d’air) est néfaste aux plantes qui ne sont pas adaptées aux zones humides.
Le géranium, cible idéale du champignon nocturne
Ce qui transforme un arrosage tardif en catastrophe pour les géraniums, ce n’est pas uniquement l’eau stagnante. C’est ce qu’elle invite à la fête. L’arrosage du soir peut créer un environnement favorable au développement de maladies cryptogamiques, notamment le mildiou, l’oïdium et diverses formes de pourriture. Ces maladies se développent lorsque l’humidité reste trop longtemps sur les feuilles et le sol, ce qui est typique des arrosages nocturnes.
Le principal coupable a un nom : le champignon Botrytis cinerea, responsable de la moisissure grise. Certaines plantes y sont très sensibles, dont le bégonia, le géranium, l’impatiente, le pétunia, le poinsettia. Ce champignon n’est pas un fantôme : les infections ont lieu lorsque les conditions sont humides (plus de 85 % d’humidité), fraîches à tempérées, et lorsqu’un contact est assuré avec de l’eau libre pendant au moins 6 heures. Six heures. C’est précisément la durée d’une nuit d’été dans un pot mal drainé arrosé à la tombée du jour.
Des géraniums en pot, arrosés à 23h quand il fait chaud, peuvent voir leur terre s’engorger et développer rapidement des champignons dans le terreau, surtout si le pot est mal drainé. Un excès d’humidité dans le terreau, combiné à une faible évaporation dans une pièce fraîche et peu ventilée, crée un environnement idéal pour la prolifération de champignons pathogènes. Les racines, asphyxiées, commencent à pourrir. Ce phénomène est souvent invisible au début, mais les signes finissent par apparaître : les feuilles jaunissent, les tiges ramollissent à la base et une odeur nauséabonde peut émaner du pot.
Anecdote piquante : ce même champignon Botrytis cinerea, dans des conditions très précises sur des raisins mûrs, est à l’origine de la « pourriture noble » qui donne les grands vins liquoreux comme le Sauternes. Dans certaines conditions contrôlées, il est à l’origine du « pourriture noble » qui donne les grands vins liquoreux. Un champignon destructeur… ou raffiné, selon le contexte. Sur votre balcon, c’est clairement la version destructrice.
Arroser le matin : ce que ça change vraiment
L’intérêt de l’arrosage matinal se joue entre 5h et 8h, quand la terre a profité de la fraîcheur nocturne. À ce moment-là, l’eau pénètre mieux, les racines en profitent avant la montée des températures et les feuilles qui auraient été légèrement mouillées peuvent sécher rapidement. La plante reçoit son eau au moment précis où elle en a le plus besoin : avant d’affronter la chaleur du jour, avec un métabolisme en plein éveil.
Arroser le matin permet à la plante de profiter pleinement de l’eau pendant la journée, en synchronisation avec son métabolisme actif. Un arrosage tôt le matin limite les pertes par évaporation, comparé à un arrosage en plein milieu de la journée. Le matin, l’eau a le temps de s’évaporer du feuillage, réduisant ainsi le risque de développement de champignons ou de bactéries.
La crainte des brûlures par le soleil sur les feuilles mouillées ? Elle est souvent surestimée pour les plantes en pot arrosées au pied. Pour les plantes à fleurs, il vaut mieux arroser par le bas et éviter de mouiller les feuilles. Ce geste simple élimine à la fois le risque de brûlure et celui de champignons : on arrose le substrat, pas la plante.
La règle d’or pour les pots en été
Tout comme trop peu d’eau, trop d’eau peut nuire aux plantes. En particulier dans les bacs à plantes, l’eau stagnante se forme rapidement et peut entraîner la pourriture des racines. La différence entre une plante en pleine terre et une plante en pot est là : le volume de substrat est limité, le drainage dépend entièrement du trou au fond du contenant, et la température peut monter très vite.
Les pots chauffent rapidement, surtout s’ils sont foncés ou en plastique. La température du substrat peut dépasser 40°C en pleine journée. Ce détail change tout en été : un pot arrosé le soir repartira avec un substrat chaud, humide, sans lumière et sans ventilation. Soit exactement les conditions rêvées par Botrytis et ses voisins pathogènes.
En cas de canicule extrême, où le matin serait déjà brûlant dès 7h, un compromis existe. Bien que l’arrosage en soirée soit généralement déconseillé, certaines situations l’autorisent. En période de canicule extrême, arroser le soir est envisageable à condition de ne pas mouiller le feuillage, ce qui réduit le choc thermique pour les plantes.
Arroser abondamment mais moins souvent est souvent préférable à de petits arrosages fréquents. Un arrosage copieux le matin, jusqu’à ce que l’eau coule par le trou de drainage, puis laisser le substrat s’assécher légèrement en surface avant de recommencer : voilà ce que les maraîchers pratiquent depuis des générations sur leurs cultures en containers. Les géraniums, eux, se portent remarquablement bien sans eau la nuit. Ce qui les tue, c’est l’illusion qu’on leur rend service en arrosant tard.
Source : masculin.com