L’histoire commence fleurs-entre-deux-pages-il-y-a-trois-semaines-le-resultat-a-surpris-tout-mon-entourage »>il y a trois ans, dans une jardinerie de ma région. Séduit par ses longues grappes de fleurs violettes et par la promesse d’attirer les papillons, j’ai craqué pour ce qu’on m’avait présenté comme un « arbre aux papillons ». Herbe de la pampa, arbre aux papillons, renouée du Japon… Ces plantes-au-plafond-et-depuis-tout-le-monde-me-demande-comment-j-ai-fait »>plantes ornementales exotiques, parfois vendues en jardinerie, sont les « stars » de nos jardins. Aujourd’hui, ce buddleia davidii a colonisé Pourquoi-c-est-une-bonne-nouvelle »>une bonne partie de mon terrain, et je comprends enfin pourquoi on l’appelle aussi plante invasive.
Ce qui m’a d’abord charmé s’est rapidement transformé en cauchemar. Ce petit arbre aussi appelé Buddleia a été très planté dans les jardins pour ses fleurs qui attirent les papillons. Sauf que, une fois dans la nature, il se propage facilement. Ses graines peuvent rester dormantes plusieurs années. En France, près de 2500 espèces exotiques ont été recensées en France métropolitaine, dont environ 15% sont considérées comme invasives.
Le piège de la séduction horticole
Mon erreur illustre parfaitement un phénomène répandu chez les jardiniers amateurs. La moitié des plantes invasives se sont répandues à partir des jardins, botaniques ou privés. Ces végétaux séduisent par leur beauté, leur croissance rapide ou leurs propriétés attractives pour la faune, mais cachent un potentiel destructeur redoutable.
Certes, ses longues inflorescences (de 20 à 70 cm) couvertes de petites fleurs bleu pâle, mauve, pourpre, vieux rose, blanc, attirent les papillons grâce à leur nectar. En revanche, les feuilles ne nourrissent pas les chenilles de ces papillons alors que des essences locales le faisaient. Résultat : quand l’arbuste se propage, il devient vite invasif, chasse les autres plantes et vient bloquer la reproduction des papillons qu’il attire. Paradoxalement, l’arbre aux papillons peut contribuer très directement à l’extinction des papillons qu’il nourrit.
Cette ironie dramatique révèle toute la complexité du problème. En pensant favoriser la biodiversité, j’ai participé à sa destruction. Une plante exotique envahissante (PEE), dite aussi plante invasive, est une plante dont certaines populations peuvent acquérir un avantage compétitif dans un territoire nouveau et devenir localement dominantes dans des milieux spécifiques.
Les champions de l’invasion au jardin
Mon buddleia n’est malheureusement pas un cas isolé. Arbres à papillon (Buddleia), Séneçon du Cap, Renouée du Japon, Ailanthes sont parmi les plus connus. Chacune de ces espèces développe des stratégies d’invasion particulièrement efficaces.
L’herbe de la pampa, par exemple, se propage à grande vitesse : ses graines légères voyagent facilement avec le vent, colonisant rapidement les milieux côtiers ou les terrains abandonnés. En plus de concurrencer les espèces locales, elle modifie les paysages et augmente fortement les risques d’incendie à cause de son fort pouvoir inflammable. Parmi celles-ci, une seule est spécifiquement française, l’herbe de la pampa (Cortaderia selloana), qui figure désormais sur la liste européenne des espèces interdites.
La renouée du Japon impressionne par sa vigueur : La renouée du Japon est une vraie championne de la croissance. jusqu’à 8 cm par jour ! Ses racines puissantes fissurent les routes, envahissent les berges, les bords de voies ferrées et les milieux humides. Originaire d’Asie, cette plante invasive libère dans le sol des substances qui freinent la croissance des autres espèces.
Strategies de gestion et leçons apprises
Face à cette invasion, j’ai dû développer une stratégie de gestion adaptée. Les principaux gestes d’élimination des plantes invasives (comme l’abattage, le broyage, le sarclage, le désherbage thermique…) demandent persévérance et plantation-que-j-ai-testee-mon-potager-est-devenu-quasi-autonome-en-une-saison »>méthode. Pour les jeunes plants de buddleia, l’arrachage manuel est possible en tout début d’invasion en retirant tout le système racinaire. Un 2nd arrachage doit être fait quinze jours plus tard.
La gestion des déchets végétaux s’avère cruciale. Le compost et le brûlage ne sont pas assez sécuritaires, car la renouée peut repousser d’un tout petit morceau de tige ou de rhizome. L’idéal est d’ensacher les résidus et de déposer les sacs aux ordures si votre ville possède un incinérateur. Cette précaution vaut pour toutes les Plantes invasives.
Si une plante s’avère invasive par ses graines, supprimez ses fleurs avant la formation des fruits (Berce du Caucase) ou bien choisissez une variété stérile (Buddleia). Heureusement, désormais les obtenteurs ont sélectionné des nouveautés stériles comme les Buddleia x weyeriana. C’est parfois plus prudent de les privilégier.
Cette expérience m’a sensibilisé à l’importance de la prévention. Les mesures d’éradication étant très difficiles à mettre en œuvre, c’est en agissant au niveau de son propre jardin que chacun peut lutter contre les invasives. Il ne faut pas apporter de plantes d’autres pays car elles peuvent devenir invasives plus ou moins rapidement, même si dans leur pays d’origine, elles n’ont pas ce caractère envahissant qu’elles peuvent prendre sur notre territoire. En connaissant bien la flore de nos régions et leur dangerosité potentielle, il est possible d’éviter leur culture et ainsi leur propagation.
Pour éviter de reproduire mes erreurs, je consulte désormais systématiquement la liste des plantes invasives en France sur le site de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) avant tout achat. A ce jour (mars 2024), un peu plus de 516 entreprises de la filière se sont engagées à suivre de manière volontaire le Code de conduite professionnel, preuve que la prise de conscience progresse dans le secteur horticole.
mon jardin retrouve progressivement son équilibre, et cette mésaventure m’a transformé en jardinier plus responsable et mieux informé. chaque nouvelle plantation fait désormais l’objet d’une vérification minutieuse, car comme le dit l’adage : mieux vaut prévenir que guérir, surtout quand la guérison peut prendre des années.