Pied-d’alouette, agapanthe, népéta, panicaut, sauge, campanule : la palette des fleurs bleues vivaces tient en quelques genres, chacun avec son créneau de floraison. D’avril à octobre, on peut avoir du bleu au jardin sans resemer le moindre pied annuel. Reste à choisir selon le sol, l’exposition et la place disponible.
Le bleu pur est pourtant une rareté du monde végétal.
La plupart des fleurs bleues ne contiennent pas de pigment bleu à proprement parler. Elles fabriquent des anthocyanines, rouges par défaut, que l’acidité de la sève et certains métaux, l’aluminium notamment, font virer vers le bleu. D’où des teintes qui changent d’un jardin à l’autre. L’hortensia en donne la démonstration la plus connue : bleu en sol acide, rose en sol neutre ou calcaire.
- Le pied-d’alouette et l’agapanthe offrent les plus hautes hampes bleues vivaces du jardin.
- Le géranium ‘Rozanne’ fleurit sans interruption de juin aux premières gelées.
- Le panicaut et l’échinops tolèrent la sécheresse et les sols pauvres en plein soleil.
- Le brunnera et les iris de Sibérie préfèrent les sols frais et la mi-ombre.
Les grandes classiques du massif
Le pied-d’alouette (Delphinium) offre les hampes les plus hautes du bleu vivace, souvent au-delà d’1,50 m selon les variétés. Il exige un tuteurage solide et une surveillance serrée, car les limaces raffolent de ses jeunes pousses.
L’agapanthe, ou lys africain, déploie ses ombelles de juillet à septembre. Elle s’épanouit en pot comme en pleine terre dans les régions douces. Dans le Nord et l’Est, mieux vaut choisir une variété à feuillage caduc, plus rustique que les persistantes, et pailler la souche avant l’hiver.
Le géranium vivace ‘Rozanne’ fleurit de juin aux premières gelées.
Cette floraison bleu violacé s’enchaîne sans s’essouffler, ce qui en fait un couvre-sol idéal au pied des rosiers. La campanule joue dans une autre catégorie : Campanula persicifolia, à feuilles de pêcher, monte autour de 80 cm, tandis que Campanula carpatica reste en coussin de 20 cm. Le népéta, surnommé herbe aux chats, forme des touffes grisées et parfumées qui fleurissent en bleu lavande de mai à septembre, à condition de le rabattre après la première vague. Les chats s’y roulent volontiers, et une bordure peut vite se retrouver aplatie.
Chardons et sauges, le bleu de plein été
L’échinops, ou boule azurée, aligne ses sphères d’un bleu métallique en juillet et août. Bourdons et abeilles s’y pressent, et les capitules séchés tiennent bien dans un bouquet d’hiver. Sa racine pivotante plonge profondément, d’où l’intérêt de ne plus le déplacer une fois installé.
Le panicaut (Eryngium) pousse l’effet épineux encore plus loin, avec des bractées bleu acier qui entourent un cône central. Il supporte la sécheresse et les sols pauvres, pourvu qu’il ait un plein soleil.
Côté sauges, Salvia nemorosa donne des épis violet-bleu de juin à septembre. Un rabattage à mi-hauteur après la première floraison relance une seconde vague dès août. La sauge de Russie (Perovskia atriplicifolia) prend le relais en fin d’été, avec ses tiges argentées et ses fleurs bleu lavande qui durent jusqu’aux premiers froids. Techniquement, c’est un sous-arbrisseau, mais on la rabat à 20 ou 30 cm au printemps comme une vivace.
Brunnera, iris, pavot : le bleu qui aime la fraîcheur
Tout le bleu ne réclame pas le plein soleil.
Le Brunnera macrophylla, ou myosotis du Caucase, éclaire les sous-bois dès avril avec de petites fleurs bleu ciel au-dessus de larges feuilles en cœur. Les pulmonaires (Pulmonaria) démarrent plus tôt encore, dès février ou mars, avec des fleurs qui passent du rose au bleu en vieillissant. Toutes deux se plaisent dans un sol frais, à mi-ombre.
Les iris de Sibérie (Iris sibirica) et les iris des jardins (Iris germanica) fournissent de beaux bleus en mai et juin. Les premiers préfèrent un sol frais, les seconds des rhizomes en surface, au soleil et dans une terre bien drainée.
Le pavot bleu de l’Himalaya (Meconopsis) cristallise tous les fantasmes de jardinier. Sa teinte de ciel pur est célèbre, mais il réclame un sol acide, riche en humus, constamment frais, et supporte mal les étés chauds. Dans le Sud de la France, mieux vaut y renoncer. Les régions océaniques et de moyenne montagne lui offrent de meilleures chances.
Associer, et savoir quoi éviter
Le bleu s’éteint sur un feuillage sombre et s’allume à côté du jaune, du blanc ou du rose pâle. Des échinops devant des achillées jaunes, du népéta au pied de rosiers blancs : deux associations qui fonctionnent en plein soleil.
Une réserve de sécurité s’impose pour l’aconit napel (Aconitum napellus) et le pied-d’alouette, dont les alcaloïdes sont toxiques. Le premier figure parmi les plantes les plus dangereuses d’Europe, et sa taille se fait avec des gants. Si des enfants ou des animaux fréquentent le jardin, népéta, sauge et géranium vivace sont des choix plus sereins.
Aucune de ces vivaces ne tient seule toute la saison, à l’exception du géranium ‘Rozanne’. Pour du bleu d’avril à octobre, on enchaîne par exemple brunnera en avril, iris en mai, campanule en juin, échinops en juillet et sauge de Russie en septembre.