Mon grand-père ramassait toujours ces gros scarabées verts à la main sans jamais les tuer et ce n’est pas de la sentimentalité : regardez son compost à la fin de l’été

Ce grand-père avait toutes les raisons scientifiques de son côté. Ce gros scarabée vert métallique qu’il ramassait à la main pour le reposer plus loin, c’est très probablement la cétoine dorée, Cetonia aurata, un coléoptère qui mesure entre 15 et 20 mm et présente une forme rectangulaire assez trapue. Et si son compost donnait de si bons résultats à la fin de l’été, ce n’est pas un hasard : cet insecte fait partie des meilleurs alliés discrets du jardinier.

À retenir

  • Pourquoi ce scarabée vert que vous croyez connaître n’est peut-être pas celui que vous pensez
  • Les larves blanches du compost que vous trouvez ne sont pas toutes des ennemis
  • Un simple test à faire dans votre jardin pour ne jamais vous tromper

Un scarabée trop souvent confondu avec l’ennemi

La confusion est vieille comme le jardinage. Beaucoup de gens qui croisent ce scarabée vert brillant pensent immédiatement au hanneton, cet insecte qui a mauvaise réputation depuis des générations. Pourtant, la cétoine dorée n’a rien à voir avec lui. La larve de cétoine est saproxylophage. Elle se nourrit exclusivement de déchets végétaux morts. Elle ne s’attaquera jamais à vos racines saines. Au contraire, elle participe activement à la décomposition de la matière organique, agissant comme un accélérateur de compost naturel.

L’adulte, lui, ne se contente pas d’être joli à regarder. Les cétoines adultes sont utiles elles aussi, car elles font partie des insectes pollinisateurs. Elles se nourrissent du nectar des fleurs (ainsi que des fruits très mûrs et des exsudats de sève) et apprécient également le pollen. Et comme leur corps est couvert de petits poils, elles transportent avec elles le pollen des fleurs visitées et facilitent ainsi la pollinisation. Sa vie d’adulte est pourtant courte : une cétoine adulte ne brille pas éternellement, elle vit entre 4 et 6 semaines. Une étoile filante du jardin, en somme, mais qui laisse derrière elle une descendance bien plus utile encore.

Le vrai travail se passe sous terre, dans le tas de compost

C’est là que réside tout l’intérêt de protéger ce scarabée : sa larve. Chaque été, les femelles pondent leurs œufs directement dans les matières en décomposition. La femelle pond ses œufs sphériques en fin de printemps, privilégiant les matières organiques en décomposition : tas de compost, vieilles souches ou paillage de bois. Ces larves blanchâtres et dodues, qu’on découvre souvent en retournant le compost à la fourche, ne sont pas des invités indésirables. Bien au contraire.

Les larves de cétoine permettent le recyclage de la matière organique en se nourrissant de déchets végétaux. Elles n’attaquent jamais les racines des plantes contrairement aux larves de hanneton, et sont donc très utiles pour le jardin. Concrètement, elles digèrent le bois mort, les feuilles, les épluchures et transforment tout ça en un terreau plus riche, plus fin, plus vite prêt à nourrir le potager. Un compost qui abrite une bonne colonie de larves de cétoine se décompose sensiblement plus vite qu’un tas où ces auxiliaires sont absents.

Leur croissance prend du temps, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer en observant un simple ver blanc. Des recherches plus approfondies parlent en effet de 8 mois à 3 ans au stade larvaire, selon la disponibilité de la nourriture et les températures. Il serait donc plus juste de dire que le stade larvaire peut durer jusqu’à 3 ans. Voilà pourquoi on trouve parfois, dans un même tas, des larves de tailles très différentes : ce ne sont pas des espèces distinctes, mais des générations qui se chevauchent, patiemment, année après année.

Comment ne plus jamais se tromper avec le hanneton

Le grand-père avait sans doute appris ça à l’œil, en observant simplement la bestiole quelques secondes. La différence la plus fiable tient à la morphologie de la tête et de l’arrière-train. Larve de Cétoine dorée : blanc grisâtre, pattes courtes, gros derrière et petite tête. Larve de Hanneton : blanc jaunâtre, pattes longues, petit derrière un peu effilé et grosse tête. Un détail qui change tout, puisque la larve de hanneton se nourrit de racines vivantes et peut tuer un plant en quelques jours.

Il existe aussi un test amusant à faire en famille, dans le jardin. Il existe aussi un petit test facile à reproduire. Posée sur une surface dure, la larve de cétoine peut avancer sur le dos grâce à ses poils raides. La larve de hanneton, elle, utilise surtout ses pattes. Un simple coup d’œil suffit donc à éviter le réflexe malheureux qui consiste à écraser un allié sous prétexte qu’il ressemble à un ravageur.

Chez l’adulte aussi, un détail anatomique surprenant distingue la cétoine des autres scarabées. Une particularité anatomique la distingue des autres coléoptères : ses élytres (les carapaces dures sur le dos) sont soudés. Résultat : elle vole sans avoir besoin de relever complètement ses ailes durcies, contrairement à la plupart des coléoptères qui doivent d’abord soulever leurs élytres avant de décoller. C’est cette particularité qui explique son vol assez lourd et bourdonnant, facilement reconnaissable au-dessus des massifs de roses en juin.

Cette même larve n’est pas sans prédateurs naturels, ce qui en fait aussi un maillon dans une chaîne alimentaire plus large. Les larves de cétoine sont les proies des pics-verts, des corneilles, des musaraignes et des taupes. Un jardin qui héberge des cétoines dorées en abondance est donc, la plupart du temps, un jardin où l’équilibre biologique fonctionne encore correctement, du sol jusqu’aux oiseaux qui viennent y picorer. Le seul endroit où il vaut mieux les déplacer, c’est dans les pots de plantes d’intérieur trop étroits, où leurs déplacements peuvent simplement gêner mécaniquement de jeunes racines, sans lien avec leur régime alimentaire. Pour tout le reste du jardin, la meilleure chose à faire reste exactement celle que faisait ce grand-père : les laisser tranquilles, et les laisser travailler.

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