Un chrysanthème qu’on laisse filer sans intervention tout l’été ressemble souvent, en septembre, à une tige dégingandée avec deux ou trois fleurs perchées tout en haut. Le geste manquant s’appelle le pincement, et sa fenêtre se referme fin juillet au plus tard. Arrêter le pincement fin juillet au plus tard, car si l’on pince plus tard, on retarde la floraison au point de risquer que les premières gelées l’interrompent. ce petit geste des doigts, répété quelques fois entre mai et juillet, décide littéralement si le jardin sera flamboyant à la Toussaint ou complètement passé à côté.
Le mécanisme derrière tout ça tient à la physiologie même de la plante. Le chrysanthème est ce qu’on appelle une plante de jour court : sa floraison répond à la diminution de la longueur du jour, tandis que sa taille est contrôlée par des hormones internes à la plante. Concrètement, tant que la pointe de la tige reste en place, elle exerce une dominance qui empêche les bourgeons latéraux de se développer. Au printemps, chaque bourgeon terminal est dominant sur les bourgeons latéraux situés plus bas sur la tige, et tant que le bourgeon terminal est présent, les bourgeons latéraux ne s’ouvrent pas. Il faut casser cette dominance hormonale en retirant la pointe. Une fois cela fait, les bourgeons latéraux s’ouvrent et se ramifient. C’est là toute la magie, ou plutôt toute la mécanique, du pincement.
À retenir
- Une plante pincée correctement produit 65 à 90 fleurs contre seulement 12 pour une plante abandonnée
- Il existe une date limite fatale après laquelle le pincement devient contre-productif
- Le même geste que vous pratiquez en août peut paradoxalement détruire tous vos boutons
Ce que ce geste change vraiment sur la floraison
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Trois pincements successifs de mai à fin juillet multiplient par quatre à six le nombre de tiges florales : c’est la différence entre un chrysanthème ordinaire et un chrysanthème qui fait l’effet d’un massif entier. Un jardinier américain cité par un guide horticole va plus loin encore, avec des relevés précis sur une variété courante : une plante non pincée produit en moyenne 12 fleurs, contre 65 à 90 sur un sujet correctement pincé. Voilà pourquoi certains massifs paraissent croulants sous les fleurs pendant que le pot voisin, laissé tranquille tout l’été, n’affiche que trois pauvres boutons solitaires.
Le pincement joue aussi un rôle mécanique souvent oublié : il évite l’affaissement. Une plante plus dense résiste mieux au vent et aux pluies d’automne, car ses tiges courtes et robustes se soutiennent mutuellement, évitant l’aspect déguingandé des sujets non entretenus. Sans ce travail, la première tempête d’octobre couche littéralement la plante au sol, fleurs comprises. J’ai vu des massifs entiers ainsi ravagés par une simple averse un peu forte, faute d’avoir été raccourcis en amont.
La technique, geste par geste
Le pincement lui-même ne demande aucun outil sophistiqué. Il suffit de prendre la pointe de la pousse entre le pouce et l’index et de pincer pour l’enlever, en laissant au moins deux ou trois paires de feuilles sur chaque tige pincée. Un sécateur propre fait tout aussi bien l’affaire si les doigts peinent à casser net la tige.
Côté calendrier, un premier passage intervient généralement vers la mi-mai, environ 14 à 20 jours après la mise en terre, lorsque les jeunes pousses atteignent une quinzaine de centimètres. On répète l’opération deux ou trois fois, avec des variantes selon les régions. Certains professionnels donnent des dates précises : un premier pincement d’environ 5 cm en juin, puis un second d’environ 8 cm entre le 10 et le 15 août pour les variétés à floraison tardive. Aux États-Unis, les pépiniéristes fixent souvent le dernier passage autour du 4 juillet, en expliquant que le dernier pincement ou la dernière coupe se fait autour du 4 juillet, ce qui donne à la plante le temps de produire une nouvelle croissance et de fixer un bourgeon floral prêt à s’épanouir pour la saison d’automne. Passé cette date, mieux vaut ranger le sécateur : un pincement tardif force la plante à repartir en mode feuillage, au détriment des boutons.
Attention toutefois à ne pas confondre pincement et suppression des fleurs fanées. Ce sont deux gestes différents, avec des objectifs opposés dans le temps. Le pincement précoce, en début d’été, construit la ramification, tandis que le pincement tardif retire les extrémités porteuses de fleurs : une fois le milieu de l’été arrivé, il faut laisser la plante passer de la croissance végétative à la mise à fleurs. Continuer à sectionner les tiges en pleine formation des boutons, c’est l’erreur la plus fréquente chez les jardiniers pressés.
Ce qui accompagne le pincement jusqu’à l’automne
Le geste seul ne suffit pas à garantir une floraison réussie. L’arrosage compte tout autant, avec une règle simple mais souvent négligée : arroser toujours au pied, jamais sur le feuillage, car le chrysanthème est sensible aux maladies fongiques favorisées par l’humidité sur les feuilles. En pleine formation des boutons, entre juillet et août, la plante devient particulièrement gourmande en eau et en nutriments. Un apport ciblé fait souvent la différence : un engrais riche en potasse en juillet, quand les boutons se forment, favorise une floraison abondante et colorée.
Reste la question qui fâche : faut-il vraiment jeter son chrysanthème après la Toussaint ? Pas forcément. Le chrysanthème est une plante vivace rustique qui peut refleurir chaque automne pendant dix ans ou plus, à condition de le planter en pleine terre ou dans un grand pot après sa première floraison, et de le tailler correctement chaque printemps. Sachant que plus de 50 millions de chrysanthèmes sont vendus chaque année en France à l’approche de la Toussaint, et que la quasi-totalité finit à la poubelle quelques semaines plus tard, il y a là un geste d’entretien qui, mine de rien, pourrait sauver des dizaines de millions de plantes chaque automne. Le pincement du mois de juillet n’est donc que la première étape d’une histoire qui, bien menée, peut se répéter année après année.
Sources : alai-web.org | les-jardins-de-koantiz.fr